Jusque-là, la vie souriait à Emmanuel Macron. En ce mois de juillet 2018, le chef de l’Etat, élu un an plus tôt, savoure le
titre des Bleus à la Coupe du monde. Le
gilet jaune n’est encore qu’un accessoire de sécurité routière et le
coronavirus, un mauvais scénario de science-fiction. Soudain, dans la torpeur de l’été, le journal Le Monde
révèle que l’un de ses proches collaborateurs a été filmé, le 1er mai, coiffé d’un casque à visière des forces de l’ordre, en train de frapper un homme sur la place de la Contrescarpe, à Paris. Fin de l’état de grâce.

L’affaire Benalla va empoisonner la première partie du mandat du président de la République. Dans la presse, qui enchaîne les révélations, celui qui se présentait comme adjoint au chef de cabinet du chef de l’Etat renvoie deux images. Celle d’un fidèle devenu l’homme de l’ombre d’un pouvoir qui le protège. Celle d’un amateur entré à l’Elysée grâce à la seule confiance d’Emmanuel Macron, qui joue à l’agent secret et a outrepassé ses droits. 
Treize journées d’audience permettront peut-être de percer le mystère Benalla.

Agé aujourd’hui de 30 ans, l’ancien chargé de mission à l’Elysée reconverti dans le privé comparaît à partir de lundi, notamment pour « violences volontaires en réunion », « immixtion sans titre dans l’exercice d’une fonction publique », « usage public et sans droit d’un insigne » ou encore « divulgation d’images de vidéoprotection ». A ses côtés sur le banc des prévenus, Vincent Crase, un ex-salarié de la République en marche présent le 1er mai place de la Contrescarpe, et deux anciens haut gradés de la préfecture de police, Maxime Creusat et Laurent Simonin, accusés d’avoir refilé à Alexandre Benalla des images captées par les caméras de surveillance.

Pistolet à eau et passeports diplomatiques

Il y a donc les faits du 1er mai, ceux filmés notamment par Taha Bouhafs et qui ont fait le tour des
réseaux sociaux. Alexandre Benalla et Vincent Crase interpellent et frappent des manifestants, brassard police autour du biceps et terminaux de radio à la ceinture. Pour des policiers témoins de la scène, interrogés plus tard par les enquêteurs, il s’agit forcément de collègues en civil. Cela semblait d’autant plus plausible que l’un d’eux est armé. Comment imaginer que ces deux hommes travaillent en fait pour l’Elysée et ne sont présents ce samedi qu’en tant qu’observateurs ?

Tout au long de l’instruction, Alexandre Benalla et Vincent Crase ont assuré avoir aidé les forces de l’ordre à interpeller des manifestants qui leur jetaient des projectiles. Mais la juge d’instruction chargée de ce dossier a estimé que leur intervention « n’apparaissait pas nécessaire ». Pour la magistrate, les policiers mobilisés étaient assez nombreux et maîtrisaient suffisamment la situation pour se passer de l’aide des prévenus. L’affaire aurait pu s’arrêter là.

Mais après la publication de l’article du Monde, Alexandre Benalla se fait remettre, dans un bar à chicha, des images de vidéosurveillance des manifestations du 1er mai par
deux policiers un peu zélés qui voulaient l’aider à se défendre.

La crise politique s’aggrave un peu plus au fil des révélations sur ce proche d’Emmanuel Macron. Parmi elles, une photo de Benalla pointant une arme à feu en direction de la tête d’une femme qui prend un selfie. Dans un premier temps, celui qui assurait faire partie du pool sécurité de l’Elysée assure qu’il s’agit d’un montage. Puis qu’il s’agit en réalité d’un pistolet à eau

Et il y a cette histoire de passeports, pour laquelle il comparaît pour « faux, usage de faux en écriture et usage public sans droit d’un insigne ». Alexandre Benalla est accusé d’avoir utilisé des passeports diplomatiques pour voyager en Afrique et en Israël, où il entamait sa reconversion en tant que consultant international en sécurité après son limogeage de l’Elysée. Il détenait en outre un passeport de service obtenu, selon l’accusation, en produisant frauduleusement une lettre à en-tête du chef de cabinet d’Emmanuel Macron, François-Xavier Lauch, « dactylographiée » et non signée.

D’autres enquêtes en cours

D’autres faits troublants impliquant le trentenaire intéressent la justice et font toujours l’objet d’enquêtes. L’une, sous l’égide du parquet national financier (PNF), porte sur des soupçons de « corruption » dans un contrat passé entre l’entreprise de Vincent Crase, Mars, et un sulfureux oligarque russe.

Une deuxième, confiée depuis novembre 2019 à un juge d’instruction, concerne le mystérieux coffre-fort que l’ex-chargé de mission possédait à son domicile pour stocker ses armes, et sur le contenu d’un autre coffre dans son bureau à l’Elysée. Enfin, le parquet de Paris enquête depuis avril 2019 sur des soupçons de « faux témoignage »
devant la commission d’enquête du Sénat.

Alors qu’Emmanuel Macron va entrer en campagne en vue de 2022, les ennuis judiciaires de celui qui l’appelait « patron » sont loin d’être terminés. Ce premier procès doit durer jusqu’au 1er octobre. Alexandre Benalla encourt jusqu’à sept ans de prison et 100.000 euros d’amende.

Affaire Benalla : L’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron face à la justice
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