Cédric Jubillar, le 23 décembre 2020, lors des recherches menées pour retrouver sa femme Delphine.

Cédric Jubillar, le 23 décembre 2020, lors des recherches menées pour retrouver sa femme Delphine. — F. Scheiber – AFP
  • Cédric Jubillar a été mis en examen et écroué pour le meurtre de sa femme Delphine, disparue dans le Tarn il y a six mois.
  • Les recherches se poursuivent pour retrouver le corps de l’infirmière.
  • L’artisan nie toujours catégoriquement toute implication, mais les gendarmes, en se fiant notamment à sa téléphonie et à son podomètre, creusent la piste du féminicide.

Le 16 décembre 2020, quand Cédric Jubillar, inquiet de la disparition de son épouse Delphine, accueille en pyjama les gendarmes qu’il vient d’appeler, il achève de lancer une machine à laver. Dans le tambour se trouve la couette qui d’habitude recouvre le canapé où dort l’infirmière de 33 ans puisque dans le couple la rupture est consommée. Cet étrange comportement, chez un homme pas vraiment fanatique de ménage, fait partie des « 
indices graves et concordants » exposés ce vendredi, par le procureur de la République de
Toulouse, Dominique Alzéari, pour expliquer la mise en examen de Cédric Jubillar par les magistrats instructeurs.

Soupçonné de « meurtre sur conjoint », l’homme clame toujours son innocence. « A ce stade du dossier, sans corps, sans connaître les origines d’un décès dont on ignore jusqu’à la réalité, retenir une intention homicide est ahurissant », a confié à l’AFP son avocat Jean-Baptiste Alary.

Voici, côté enquêteurs, quelques-uns des éléments qui ont conduit les gendarmes sur sa piste au cours d’une enquête hors norme qui a déjà donné lieu « à 2.500 actes et procès-verbaux ».

Empressement à signaler la disparition et podomètre

Cédric Jubillar a toujours expliqué avoir vu pour la dernière fois Delphine vers 23 heures le 15 décembre puis s’être aperçu de sa disparition vers 3h45. La téléphonie montre qu’il a rallumé son portable à 3h50, passé quelques coups de fil à des amis de Delphine – « mais pas les plus proches », précise le magistrat – avant d’appeler les gendarmes dès 4h09, donc dans un délai extrêmement bref.

Par ailleurs, les expertises sur son téléphone, et notamment sur la fonction podomètre, montre que dans ce laps de temps ses déplacements se sont limités à « quarante pas ». Il a certes pu le poser, mais il a aussi affirmé au cours de sa garde à vue qu’il n’était pas sorti dans le jardin pour ne pas déranger les voisins. Le téléphone de la disparue, qui n’a jamais été retrouvé a fonctionné lui jusqu’à 22h54. Puis il s’est brièvement rallumé vers 7h58 pour passer définitivement sur messagerie. Entre 3h45 et 10 heures du matin ce jour-là, Cédric Jubillar a tenté de joindre son épouse à 180 reprises. Puis deux fois un peu plus tard. Puis plus jamais.

D’autres portes fermées

L’enquête n’a pas permis de détecter la présence d’un rôdeur et les alibis de potentiels suspects, dont certains désignés aux gendarmes par Cédric Jubillar, ont été vérifiés. Dominique Alzéari a confirmé que l’infirmière avait bien une liaison sentimentale avec un Montalbanais, rencontré « au cours de l’été » et mis hors de cause par les investigations. Elle envisageait de s’installer avec lui. Elle avait même pris un crédit pour s’acheter une nouvelle voiture, chercher un logement. « Elle n’avait aucune raison objective, humaine, matérielle, affective de partir dans ces conditions », souligne le procureur. Qui plus est sans ses lunettes, son sac à main ou sa voiture. Voilà pourquoi la piste d’un départ volontaire de la mère de famille très attachée à ses enfants, ou d’un suicide, a été refermée par les gendarmes.

Alors qu’ils ont établi que Cédric Jubillar, dont les chantiers ne faisaient pas bouillir la marmite, s’inquiétait de ses conditions de subsistance en cas de divorce. Et si le trentenaire n’a rien avoué, ses « explications ont été évolutives, pour ne pas dire contradictoires » durant sa garde à vue. Sans compter qu’il a souvent parlé de sa femme au passé et rapidement reconstruit sa vie sentimentale.

Le témoignage de leur enfant de 6 ans et des « cris stridents »

Le fils aîné du couple, âgé de 6 ans, a confié aux enquêteurs avoir entendu une violente dispute entre ses parents au moment où il est allé se coucher, vers 23 heures. Son témoignage est jugé « crédible » par les experts. Mais il y a deux autres témoins clés : deux voisines, mère et fille. Vers 23h07, horaire déterminé grâce au souvenir d’une coupure publicitaire dans leur programme télé, elles ont entendu « des cris stridents », « des cris de détresse d’une femme ». Pas assez inquiétants toutefois pour qu’elles donnent l’alerte.

De la buée dans la voiture

Cédric Jubillar n’a pas le permis, ce qui ne l’empêche pas de conduire à l’occasion. La disparue garait d’après les témoignages toujours sa voiture en marche arrière dans la pente, prête à repartir. Or, quand les gendarmes sont arrivés ce matin-là aux aurores, le véhicule était stationné dans l’autre sens. Par ailleurs les gendarmes ont remarqué que la vitre conducteur était en partie baissée malgré les températures hivernales et recouverte de buée. Un expert estime que cet indice est compatible avec « une présence humaine » dans l’habitacle, peu avant.

L’enquête des gendarmes de la section de recherche de Toulouse, épaulés par les militaires tarnais, se poursuit avec de lourds moyens techniques et humains. Et avec pour priorité absolue de retrouver le corps de Delphine Jubillar.

Affaire Delphine Jubillar : Lave-linge, podomètre… Les indices qui ont conduit les gendarmes à soupçonner le mari de l’infirmière disparue
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