Portrait du petit Grégory Villemin, 4 ans, dont le corps est découvert dans la Vologne le 16 octobre 1984

Portrait du petit Grégory Villemin, 4 ans, dont le corps est découvert dans la Vologne le 16 octobre 1984 — Marcel Mochet AFP
  • Des experts suisses en « stylométrie » ont rendu leur rapport sur la mort du petit Grégory. Ils ont comparé les lettres du corbeau avec les écrits de plusieurs protagonistes du dossier.
  • D’après leur analyse, il y avait « au moins » cinq corbeaux différents qui ont pourri la vie des Villemin avant que leur fils, Grégory, ne soit découvert pieds et poings liés dans les eaux de la Vologne, en 1984.
  • Les experts assurent aussi que Jacqueline Jacob, la grand-tante du garçonnet, est à l’origine de plusieurs lettres, dont celle de revendication du meurtre.

On y parle de « mesures de parallélisme ». De « variant de nuages ». « D’espacement des lettres ». Et même de « portage par branche subsidiaire ». Bardé de schémas et de formules mathématiques, c’est un document très complexe qui a atterri sur le bureau des magistrats chargés d’enquêter sur la mort du petit Grégory. Mais il désigne, avec une « forte probabilité », 
Jacqueline Jacob, sa grand-tante comme étant l’autrice de la lettre de revendication
du meurtre du garçon de 4 ans, commis le 16 octobre 1984 sur les rives de
la Vologne (Vosges).

Selon nos informations, les magistrats chargés de l’enquête ont reçu, en mars, le rapport d’expertise stylométrique censé faire la lumière sur l’identité du ou des corbeaux ayant pourri la vie de la famille Villemin, il y a plus de 36 ans. Commandé en 2017 à une entreprise suisse, ce travail se fonde, notamment, sur l’analyse du style d’écriture et de la syntaxe afin de pouvoir identifier l’auteur d’un texte. « Cette expertise vient d’être versée au dossier d’instruction », confirme à 20 Minutes Thierry Pocquet du Haut-Jussé, le procureur général.

Bernard Laroche, Christine Jacquot et les Jacob concernés

Dans leur lettre de mission, les magistrats avaient demandé aux experts de comparer 24 lettres du corbeau avec 11 textes différents attribués à quatre protagonistes du dossier : Bernard Laroche (l’oncle de Grégory), Christine Jacquot (sa nourrice) et Marcel et Jacqueline Jacob (son grand-oncle et sa grand-tante).

« Parmi les 24 lettres anonymes figurent les trois lettres de menaces reçues avant le crime par la famille Villemin et la lettre de revendication reçue par les parents le lendemain [des faits] », explique Thierry Pocquet du Haut-Jussé. L’idée était donc de trouver des correspondances entre les courriers anonymes envoyés aux Villemin et les écrits plus personnels et signés des suspects potentiels. Ici, une lettre d’amour de Bernard Laroche à sa femme, Marie-Ange. Là, une carte postale de Jacqueline Jacob.

L'arbre généalogique de la famille de Grégory Villemin.
L’arbre généalogique de la famille de Grégory Villemin. – Vincent LEFAI, Sophie RAMIS / AFP

Il y aurait « au moins » cinq corbeaux différents

En conclusion de ce rapport touffu de 178 pages, les experts assurent qu’il y a une « forte probabilité » que les 24 lettres du corbeau proviennent « selon les critères stylométriques », de cinq auteurs différents. De quoi alimenter la thèse selon laquelle le meurtre du garçonnet de quatre ans a été perpétré par « une équipe », comme le pensent désormais les enquêteurs.

Mais parmi ces cinq corbeaux, ils ont repéré « un style hautement similaire » à celui utilisé par Jacqueline Jacob. Ainsi, ils estiment « qu’au moins » sept des vingt-quatre courriers portent sa signature. Dont la fameuse lettre de revendication du crime adressée au père du petit Grégory.« J’espère que tu mourras de chagrin le chef. Ce n’est pas l’argent qui pourra te redonner ton fils. Voilà ma vengeance. Pauvre con », y était-il écrit.

Ce qui met Frédéric Berna, l’avocat de Jacqueline Jacob, en colère. « Les précédents rapports en graphologie ont proposé des conclusions totalement différentes. Si on veut opposer les charlataneries, on peut le faire mais cela ne va pas nous approcher de la vérité. Je n’ai pas accès à ce rapport. Mais si on a effectivement comparé les lettres du corbeau avec une pauvre carte postale d’une quinzaine de mots, c’est encore plus de la foutaise que ce que je pensais ! »

La stylométrie, une technique controversée

Quand, en décembre 2020, les médias avaient révélé l’existence de ce travail d’analyse, les avocats des différents suspects avaient déjà réagi vigoureusement, remettant en cause le bien-fondé
de la stylométrie pour élucider ce crime. « Je ne comprends pas,
avait par exemple confié à 20 Minutes, Stéphane Giuranna, l’avocat de Marcel Jacob. Cette technique vise à éviter les plagiats en littérature en comparant des dizaines et des dizaines de pages. Et là, on attend qu’elle délivre le nom du corbeau en comparant des touts petits écrits… »

Une perplexité d’autant plus grande que les rapports d’expertise sont nombreux à peupler ce volumineux dossier judiciaire. A titre d’exemple, la lettre de revendication du meurtre a été attribuée à quatre corbeaux différents au gré de décennies d’analyses différentes… Avocat de Christine et Jean-Marie Villemin, François Saint-Pierre le sait bien. « Nous avons pris connaissance de ce rapport en stylométrie qui est technique et complexe à appréhender, réagit-il. Nous sommes donc très prudents sur l’analyse qui doit en être faite et les conclusions à en tirer. »

Extrait de la lettre du corbeau revendiquant le meurtre du petit Grégory.
Extrait de la lettre du corbeau revendiquant le meurtre du petit Grégory. – V.VANTIGHEM

Des auditions menées dans le cercle familial

En marge d’un travail sur l’ADN, les enquêteurs multiplient encore et toujours les investigations, plus de trois décennies après les faits. « Le président de la chambre de l’instruction [qui dirige l’enquête] poursuit les auditions », confirme à ce sujet Thierry Pocquet du Haut-Jussé.

Selon nos informations, c’est dans ce cadre que plusieurs personnes de l’entourage familial, de la deuxième voire troisième génération, ont été récemment interrogées. « Mais le syndrome de la Vologne tient toujours, soupire une source proche du dossier. Ce n’est que mutisme et entre-soi… »

Désespérés de leur côté d’être « jetés en pâture » en permanence, Marcel et Jacqueline Jacob avaient multiplié les interviews fin janvier pour marteler qu’ils n’ont « rien à se reprocher » dans cette affaire. « Je n’ai jamais écrit une lettre », avait alors assuré Jacqueline Jacob à cette occasion.

Affaire Grégory : Pour les experts en « stylométrie », le principal corbeau, c’est Jacqueline Jacob
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