Tuesday, September 28, 2021
Home Breaking Coronavirus : « La levée des brevets sur les vaccins doit être...
Coronavirus : « La levée des brevets sur les vaccins doit être décidée de façon collective avec les Européens »

Coronavirus : « La levée des brevets sur les vaccins doit être décidée de façon collective avec les Européens »

97
0

Les laboratoires pharmaceutiques vent debout face à l'annonce favorable des Etats-Unis de lever les brevets sur les vaccins-anti-covid.

Les laboratoires pharmaceutiques vent debout face à l’annonce favorable des Etats-Unis de lever les brevets sur les vaccins-anti-covid. — Christian Charisius/AP/SIPA
  • Joe Biden s’est prononcé mercredi pour la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid, qui devrait permettre à d’autre pays de les produire et les commercialiser afin de les rendre accessibles au plus grand nombre.
  • Une idée que dénoncent plusieurs entités au premier rang desquels se trouvent les laboratoires pharmaceutiques.
  • Au vu des enjeux économiques et politiques mondiaux qui se jouent autour de cette question, les Etats-Unis ne pourront donc pas prendre cette décision sans l’aval des pays européens.

Mercredi, les Etats-Unis ont annoncé qu’ils étaient favorables à la levée des brevets sur les vaccins anti-Covid. Une décision jugée «historique» par le patron de l’OMS et à laquelle Emmanuel Macron s’est dit -pour la première fois- jeudi
«tout à fait favorable». Si l’objectif affiché est noble : vouloir rendre accessible le vaccin au plus grand nombre, l’annonce a cependant provoqué une levée de boucliers du côté des laboratoires pharmaceutiques et dans le secteur de la recherche.

Une opposition de taille qui pourrait bien empêcher la levée immédiate des fameux brevets. Bien que la proposition vienne des Etats-Unis où est produite la majeure partie des vaccins, elle pourra difficilement s’appliquer si ses homologues européens ne suivent pas, estime Martin Blachier, médecin de santé publique.

Pourquoi la levée des brevets sur les vaccins anti-covid est-elle présentée comme un levier dans la lutte contre l’épidémie ?

L’argument mis en avant, c’est que cela permettrait de produire plus facilement, massivement et moins cher les vaccins. En effet, lever un brevet signifie que l’on enlève la propriété intellectuelle sur une molécule thérapeutique. Ça veut dire que n’importe qui étant capable de la fabriquer et de la commercialiser peut la copier autant de fois qu’il veut. Les grands pays producteurs de vaccins génériques comme l’Inde et l’Afrique du Sud pourraient donc se mettre à produire et vendre dans leur pays et le monde entier le vaccin «Pfizer bis» ou le vaccin «AstraZeneca Bis». Ces deux pays ont déjà l’habitude d’exploiter des molécules une fois que le brevet est tombé.

Concernant la baisse du prix, les niveaux de marge sur les vaccins comme AstraZeneca ou Janssen ne sont pas très élevés ou nuls. C’est un peu différent avec les vaccins ARN, mais il faudrait que ces pays soient capables de développer des plateformes ARN très rapidement.

Pourquoi l’annonce des Etats-Unis a-t-elle provoqué une levée de boucliers des laboratoires pharmaceutiques et du monde de la recherche ?

Tout d’abord, les laboratoires assurent que faire tomber les brevets aujourd’hui n’augmentera pas la production parce qu’ils sont de toute façon limités par le manque de matière première. Une telle démarche alimenterait donc juste une compétition de fabrication entre pays, sans qu’il y ait plus de vaccins. Par exemple le vaccin CureVac, qui est le troisième vaccin ARN n’arrive plus à être produit car il n’y a plus assez de nucléotides, épuisées par Moderna et Pfizer.

D’autre part, on risque d’ouvrir une porte juridique qui fait très très peur à l’industrie pharmaceutique dont 100 % du business model est basé sur le brevet. Parce que si on considère qu’il n’y a plus de brevet pour le Covid et bien peut-être qu’il n’y en aura plus non plus pour le VIH et d’autres maladies endémiques. Dans ce scénario, on est sûr que du jour au lendemain tous les programmes de recherche s’arrêtent net et que plus aucune molécule n’est produite sur les dix prochaines années.

En effet, l’industrie pharmaceutique est financée par le système financier : les laboratoires lèvent des fonds sur les marchés pour lancer des programmes de développement. Le brevet est la seule garantie d’avoir une rentabilité pendant un certain temps. Donc si on les supprime, on tue un système rodé depuis cinquante ans qui permet de produire beaucoup de molécules et que les Etats ne sont pas en capacité de remplacer.

Les Etats-Unis peuvent-ils prendre cette décision seuls, sans les pays européens ?

Bien que la plupart des vaccins soient américains, la décision doit être collective en adhésion avec les pays européens et ne peut pas être prise unilatéralement. Soit tout le monde décide en même temps, soit ça ne se fait pas. Et comme n’on aura jamais tout le monde d’accord, ça risque de ne jamais se faire. Je pense que les Etats-Unis le savent et que cette déclaration est surtout politique.

Par ailleurs, si les Etats-Unis lèvent nos brevets sans accord, cela veut dire que l’on peut aussi lever des brevets sur leurs produits à eux et produire toutes les molécules faites par les laboratoires américains. Car si on ne respecte pas le brevet des autres, les autres ne vont pas respecter les vôtres. A ce moment-là, c’est la guerre des brevets, donc la fin de la propriété intellectuelle et enfin la fin de la recherche.

Coronavirus : « La levée des brevets sur les vaccins doit être décidée de façon collective avec les Européens »
Source:
Source 1

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here