Près d’un an après Emmanuel Macron
le Premier ministre, Jean Castex, a été testé positif au
coronavirus lundi. L’homme fort de Matignon venait d’être déclaré cas contact pour la quatrième fois de son mandat : une première fois en septembre 2020 avec Christian Prudhomme lors du Tour de France, une deuxième avec Emmanuel Macron en décembre 2020, une troisième fois en raison de son épouse en juin 2021 et lundi, donc, avec sa fille testée positive à l’école.

Six ministres ont également contracté le coronavirus pendant la crise, à l’instar de Roselyne Bachelot ou Bruno Lemaire, et dix sont cas contact de Jean Castex ce mardi. A croire que le gouvernement se montre bien imprudent et laxiste face à
une épidémie dont il ne cesse pourtant d’alerter sur la menace qu’elle représente. Et ce ne sont pas les images du 16 novembre, montrant le Premier ministre et Gérald Darmanin sans masque, serrant des mains en intérieur lors d’une réunion avec les maires des Hauts-de-France, qui changeront cette impression. 

Des manquements à foison

Faites ce que je dis, pas ce que je fais? En matière de gestes barrières en tout cas, ce n’est pas la première fois qu’un relâchement est constaté au plus haut sommet de l’Etat. En mai 2020, alors que la première vague s’achevait tout juste, Emmanuel Macron s’était affiché sans masque lors de la commémoration des combats de Montcornet face à un Xavier Bertrand masqué. Quelques semaines plus tard, au coeur de l’été, il avait été filmé prenant des bains de foule lors de son voyage au Liban. Et ce n’est pas son Premier ministre qui lui fera la leçon. En septembre 2020, Jean Castex conseillait aux Français de télécharger l’application StopCovid, indispensable selon lui pour freiner la nouvelle vague avant de reconnaître que lui-même ne l’avait pas sur son téléphone

Une attitude que déplore le chercheur en santé publique Mickaël Ehrminger : « On ne peut pas à la fois s’étonner publiquement de la “fulgurance de la cinquième vague” et en même temps s’afficher sans masque. Il y a une incohérence qui ne prête pas à la confiance et au respect des consignes sanitaires. » Outre le nécessaire devoir d’exemplarité à donner à une population éprouvée par un an et demi de crise sanitaire, l’exécutif donne l’impression de ne pas se sentir menacé lui-même par le Covid-19. 

Surhomme et foi vaccinale

Philippe Moreau-Chevrolet, enseignant en communication politique à Sciences Po, dénonce « un sentiment de supériorité et d’impunité de la part du gouvernement par rapport à tout ce qui est biologique, comme s’il s’agissait de surhommes politiques ne risquant rien face à la nature. » A cela il rajoute un côté très made in France : « Les politiciens se sentent au-dessus des lois qu’ils dictent. »

Une surestimation de leur propre résistance, mais aussi, peut-être, de l’efficacité du vaccin, mantra ultime du gouvernement depuis
le pass sanitaire. Jean Castex affirmait lui-même sur TF1 le 21 juillet 2021 qu’une personne double vaccinée – ce qui est son cas – « n’avait plus de chance d’attraper la maladie » si elle croisait une personne malade, une affirmation infondée. De même, la levée du port du masque dans les lieux avec pass sanitaire ne repose sur aucune preuve scientifique. « On peut être contaminé et contaminant en étant vacciné. On ne le répétera jamais assez : la vaccination et les gestes barrières doivent aller ensemble. Le vaccin sert à éviter les formes graves et à réduire le risque de transmission, les gestes barrières servent à limiter encore les risques de transmission », insiste Mickaël Ehrminger.

Une épidémie ? Quelle épidémie ?

Au-delà de ces approximations, c’est peut-être sous l’angle purement politique qu’il faut analyser l’insouciance du gouvernement. « L’exécutif ne veut pas d’image trop anxiogène à quelques mois de la campagne présidentielle », évoque Philippe Moreau-Chevrolet, sans compter que les 10 % de personnes éligibles et non-vaccinées représentent une cible électorale de choix. Dans ce contexte pré-électoral, le gouvernement pourrait donc être tenté de naviguer entre promotion des gestes barrières et images d’insouciance « pour ne pas contrarier un potentiel électorat ni effrayer la population », imagine le communicant.

Un « en même temps » risqué. En plus de mettre leur santé en danger et de potentiellement contribuer à répandre la cinquième vague, cette attitude peut exaspérer l’opinion. « Les Français ne croient plus en la capacité de leur gouvernement à respecter leurs propres règles, et remettent de fait en question les consignes. C’est catastrophique au vu de la vague qui déferle actuellement. » La fameuse réunion du 16 novembre sans masque en intérieur et avec franches poignées de main de Jean Castex s’est tenue entre l’allocution d’Emmanuel Macron le 9 novembre où il déclarait que « l’application des gestes barrières doit faire l’objet d’une attention accrue » et une conférence de presse du porte-parole du gouvernement Gabriel Attal le 17 novembre appelant à « maintenir un respect évidemment des règles qu’on s’est fixé et des gestes barrières. » Oups.

Faute avouée, à moitié répétée

Voir le Premier ministre malade pourra-t-il enfin permettre à l’exécutif de prendre conscience de la situation et de mieux respecter les règles sanitaires ? La réalité n’incite pas à l’optimisme à ce sujet. Ce mardi matin, plusieurs ministres cas contact de Jean Castex se sont tout de même rendus sur des plateaux radios, sous la bonne foi d’un seul test négatif…contrairement à ce que préconise le site http://servicepublic.fr. « Le Premier ministre ayant été testé positif lundi soir, le moins que l’on puisse dire c’est que son gouvernement s’assoit sur les risques qu’il impose », se désespère Mickaël Ehrminger. L’exécutif, éternel bonnet d’âne des gestes barrières.

Coronavirus : Le gouvernement, bonnet d’âne des gestes barrières ?
Source:
Source 1

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here