Olivier Véran au ministère de la Santé, le 28 janvier 2021. (illustration)

Olivier Véran au ministère de la Santé, le 28 janvier 2021. (illustration) — Stephane Lemouton-POOL/SIPA
  • Sur Facebook, de nombreux internautes s’indignent des montants qu’aurait dépensé le gouvernement pour solliciter l’aide de différents cabinets de conseil depuis le début de la crise sanitaire.
  • Le total s’élèverait à plus de 11 millions d’euros pour des prestations variées, souvent liées à des questions de logistique, à en croire ce document non sourcé.
  • Le document et les montants avancés sont authentiques : ils ont été dévoilés début février par la députée LR Véronique Louwagie, qui en détaille le contenu à 20 Minutes.
  • « Je ne suis pas farouchement opposée à ce que le gouvernement ait recours à des cabinets de conseil […], mais la nature des prestations m’interpelle », commente l’élue.

« Encore un scandale ! Décidément… » Sur Facebook, quelques mois à peine après la révélation, par Le Canard Enchaîné et Politico, du
contrat conclu entre le ministère de la Santé et le cabinet de conseil McKinsey en vue d’épauler la stratégie du
gouvernement en matière de
vaccination contre le
Covid-19, nombre d’internautes s’indignent d’autres accords du même genre.

« La liste des contrats conclus par le ministère de la Santé avec des cabinets de conseil depuis le début de la crise sanitaire. 28 commandes passées à 7 cabinets. Coût prévisionnel : 11,35 millions d’euros », affirme ainsi un message viral repris sur plusieurs pages.

A chaque fois, cette publication est accompagnée d’un tableau récapitulatif des « 28 achats effectués ». On y trouve des « missions d’accompagnement logistique » ou de « mise en œuvre [de] système d’information » conclues avec les cabinets de conseil Roland Berger, Deloitte, ou encore Accenture entre mars 2020 et février 2021, pour des montants d’environ 50.000 à plus de 500.000 euros.

Bien que ces posts ne mentionnent aucune source permettant d’identifier l’origine des données, ces dernières sont authentiques : elles avaient été révélées il y a quelques semaines par la députée Les Républicains (LR) de l’Orne, Véronique Louwagie, ce dont s’étaient fait l’écho plusieurs médias, dont Le Monde.

FAKE OFF

On retrouve en effet ce tableau récapitulatif dans sa « communication sur les contrats conclus par le ministère des Solidarités et de la Santé avec des cabinets de conseil depuis l’engagement de la crise sanitaire », en date du 10 février 2021.

Jointe par 20 Minutes, Véronique Louwagie explique comment elle a pu obtenir ces précieuses données grâce à son statut de rapporteure spéciale du budget de la santé de l’Assemblée nationale : « En début d’année, j’ai pris connaissance dans la presse des commandes passées par le ministère de la Santé en faveur de cabinets de conseil. A la même période, la majorité a
dissous la mission d’information parlementaire sur la crise du Covid-19, au grand dam de l’opposition. Comme cette mission s’achevait, et qu’elle aurait pu faire le travail que j’ai entrepris, il m’appartenait d’évaluer ce dispositif. J’ai donc demandé à Olivier Véran la communication de ces contrats avec les cabinets de conseil. »

« De par mon statut de rapporteure spéciale, j’ai accès à un certain nombre de documents et je peux même me rendre sur place, dans les ministères, pour les consulter. Mais je n’ai pas eu besoin de le faire car Olivier Véran me les a communiqués fin janvier. J’ai ensuite procédé à l’étude de ces 350 pages, en analysant ces 28 commandes passées de mars 2020 au 9 février, la veille de la date à laquelle j’ai rendu mes travaux », poursuit la députée LR de l’Orne.

« Ces 28 commandes ne sont pas les seules »

Si le tableau récapitulatif de ces contrats circule beaucoup depuis quelques jours sur les réseaux sociaux – à la faveur de son évocation par un journaliste sur Twitter ? –, il était donc disponible en ligne depuis cette date.

Mais il n’est pas exhaustif des prestations de conseil auxquelles l’Etat a eu recours pour la gestion de la crise sanitaire, au même titre que le montant de 11,35 millions d’euros, comme le précise Véronique Louwagie à 20 Minutes : « Ces 28 commandes ne sont pas les seules : il s’agit de celles auxquelles j’ai eu accès dans le cadre de la mission “santé”, mais Santé Publique France a également passé des commandes qui ne relèvent plus de cette mission depuis le 1er janvier, donc je n’ai pas pu les consulter. »

La députée souligne en outre que « d’autres commandes de ce type sont prévues » par le ministère de la Santé, sans que leur montant ne soit encore arrêté. Pour Véronique Louwagie, ce n’est pas tant le recours par un ministère à des cabinets de conseil qui pose problème, mais l’objet et la fréquence de ces contrats.

Des prestations sans réelle « valeur ajoutée »

« Ca traduit une grande carence au sein du ministère. Je ne suis pas farouchement opposée à ce que le gouvernement ait recours à des cabinets de conseil pour obtenir de la valeur ajoutée sur certaines questions, mais la nature des prestations m’interpelle. L’accompagnement logistique, la création de systèmes d’information, l’accompagnement stratégique… Ce sont des fonctions opérationnelles qui devraient appartenir au ministère ! Sans parler de la commande passée pour demander un agent de liaison entre le ministère de la Santé et Santé Publique France », un établissement placé sous tutelle du ministère, déplore-t-elle.

En attendant de faire une nouvelle demande de consultation au ministère de la Santé « avant l’été, pour suivre le dossier », Véronique Louwagie conclut : « Il y a plus de 10 ans, lors de la crise – bien moins grave – du H1N1, la Cour des comptes avait analysé la manière dont avaient été utilisés les fonds du ministère, et à aucun moment elle n’avait mentionné le recours à un cabinet de conseil ! Le fait d’y avoir recours, aujourd’hui, pour pallier des carences, n’aide pas à reconstituer ces compétences en interne : plus on y souscrit et plus on se démunit, au risque de se retrouver en situation de dépendance. »

Coronavirus : Oui, le gouvernement a bien fait appel à des cabinets de conseil pour plus de 11 millions d’euros
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