Un père et son bébé

Un père et son bébé — Pixabay
  • Le gouvernent a prévu de porter à partir de juillet le congé paternité de 14 à 28 jours, dont 7 obligatoires, en comptant les 3 jours du congé de naissance.
  • Mais pour Violaine Dutrop, auteure de Maternité, paternité, parité*, qui paraît ce jeudi, ce n’est pas suffisant.
  • Elle propose la création d’un congé deuxième parent obligatoire, qui serait égal au congé maternité, et espère que cela deviendra un thème de campagne pour la présidentielle de 2022.

En matière d’accueil d’un bébé, les parents ne sont pas logés à la même enseigne. Aujourd’hui, seulement 70 % des pères profitent de leur congé paternité dans le secteur privé, et moins de 1 % des pères prennent un congé parental à temps plein après la naissance de leur enfant, alors qu’une réforme, en vigueur depuis 2015, ambitionnait de porter ce taux à 25 %. Fort de ces constats, le gouvernement a prévu de porter, à partir de juillet, le congé paternité
de 14 à 28 jours , dont 7 obligatoires, en comptant les 3 jours du congé de naissance. Il envisage de réformer le congé parental et a mandaté une mission qui rendra ses conclusions sur le sujet en septembre.

Pour l’auteure Violaine Dutrop, ce n’est pas encore suffisant. Dans Maternité, paternité, parité*, qui paraît ce jeudi, elle propose la création d’un congé deuxième parent obligatoire, qui serait égal au congé maternité. Elle en dévoile les contours à 20 Minutes.

Pourquoi la France est-elle en retard par rapport à ses voisins européens concernant les congés d’accueil du jeune enfant ?

Au Portugal et en Espagne, les politiques concernant l’accueil du jeune enfant ont été mises en œuvre pour privilégier l’emploi des femmes, avant l’idée de créer de nouveaux droits pour les pères. L’objectif était de trouver le moyen que les femmes s’éloignent le moins longtemps possible du marché de l’emploi, car leur taux de chômage était très important.

Mais en France, tout le monde s’accommode du fait qu’une femme sur deux prenne un congé parental, car il n’y a pas assez de modes de garde. Or, ce n’est pas ce que veulent toutes les familles : seulement 30 % d’entre elles souhaitent s’occuper à plein temps de leur enfant de moins de 3 ans.

Plusieurs tentatives de réforme du congé parental, pour le rendre plus paritaire, ont échoué. Est-ce parce qu’elles ne prévoyaient pas de rehausser son indemnisation ?

C’est le principal obstacle. Car il est de 399 euros par mois pour un congé à temps plein. Ce qui pose problème quand le père apporte le revenu principal au foyer. Et cette faible rémunération contribue à dévaloriser la mission parentale aux yeux de la société. Mais la priorité n’est pas de booster le congé parental, mais d’agir plus tôt, dès la naissance de l’enfant, pour éviter la mise en place des rôles sexués dans la famille. Il faut mettre en place un congé paternité obligatoire, égal au congé maternité et bien rémunéré.

Vous proposez donc un congé deuxième parent de 16 semaines, dont 8 obligatoires. Le fait de rendre obligatoires ces 8 semaines éviterait-il aux hommes de se justifier auprès de leur employeur pour pouvoir le prendre ?

Oui, cela faciliterait l’accès à ce congé à tous les hommes qui en auraient envie, sans qu’ils aient besoin de le quémander ou qu’ils en subissent les conséquences professionnellement.

Vous insistez sur le fait que deux semaines de ce congé devraient être prises par le deuxième parent en solo, afin qu’il se retrouve en tête à tête avec l’enfant. Mais est-ce assez long ?

Non, c’est insuffisant. Idéalement, il faudrait que le deuxième parent soit deux mois en solo avec son enfant. Mais pour faciliter la mise en place d’une telle mesure, il faut laisser aux couples la possibilité de créer leur propre organisation.

Quelles seraient les incidences d’un tel congé sur le rapport père-enfant ?

Cette mesure renforcerait les liens familiaux. Cela permettrait de fabriquer une autre manière de penser chez les hommes, qui voient leur rôle de père comme secondaire dans la famille. Le rapport à la parentalité serait plus apaisé, car le projet d’enfant serait davantage questionné en amont. Cela créerait aussi d’autres envies d’équilibre des temps de vie chez les pères. Car aujourd’hui, beaucoup sont aspirés par leur vie professionnelle.

Vous dites même que cela pourrait contribuer à augmenter le nombre de gardes alternées en France. Pourquoi ?

Aujourd’hui, seulement 11 % des enfants de parents séparés sont en résidence alternée. En tissant des liens plus étroits avec leurs enfants, les pères trouveraient moins logique de confier leur garde complète à la mère.

Cette mesure permettrait-elle de fendre le plafond de verre que subissent les femmes du fait de la maternité ?

Elle créerait un désordre bénéfique dans les milieux professionnels essentiellement masculins. Si le congé d’accueil de chaque nouvel enfant se traduit par une absence systématique des hommes, tout va changer. Cela augmenterait les chances que les femmes et les hommes soient à égalité pour briguer un poste, pour évoluer.

Vous dites qu’un congé égalitaire serait encore plus bénéfique aux familles défavorisées. Pourquoi ?

La plupart des mères touchant des faibles revenus enchaînent congé maternité et congé parental, car le revenu principal est apporté par leur conjoint. Si demain, ces couples ont droit à un congé maternité et paternité obligatoire, de longue durée et correctement indemnisés, une partie des femmes va retourner au travail. Cela fera bouger les lignes dans les arbitrages économiques et de répartition des rôles au sein de la famille.

Pensez-vous vraiment qu’un tel congé permettrait de réduire les inégalités face aux tâches ménagères ?

Si les deux parents obtiennent la même disponibilité à la maison, un dialogue va s’enclencher sur la répartition des tâches ménagères. Cela va changer les réflexes domestiques.

La société est-elle prête à une telle évolution ?

En grande partie, surtout les plus jeunes. J’ai posé cette proposition qui me semble urgente, car l’intériorisation des rôles sexués est un roc. C’est pour cela qu’il est nécessaire que le gouvernement affirme qu’il n’y a pas de rôle sexué qui vaille en matière de parentalité, que c’est normal qu’un père s’occupe autant de ses enfants qu’une mère. Les familles modifieront peu à peu leurs représentations. Mais la révolution des mentalités se fera sur une génération au minimum.

Mais en pleine crise du coronavirus, n’est-ce pas illusoire de croire que son coût serait assumable par l’Etat ?

Tout est une question politique. L’Espagne et le Portugal, qui sont dans une situation économique moins favorable que la France, ont bien décidé de maintenir le salaire du deuxième parent pendant le congé parental. 

Le passage, au 1er juillet, à une semaine de congé obligatoire pour le deuxième parent n’est-il pas le signe que le gouvernement n’ira pas plus loin ?

Je pense que le gouvernement estime que c’est une vraie avancée et que la question est réglée. Mais ce dispositif reste très en retrait par rapport à ce que proposait le rapport de Boris Cyrulnik [en 2020], qui préconisait d’étendre le congé paternité à neuf semaines.

Le Parti socialiste a proposé, dans la perspective de la présidentielle de 2022, d’instaurer un congé paternité obligatoire de trois mois. Pensez-vous que ce sujet va s’imposer lors de la campagne ?

Ce sujet pourrait aussi bien être porté par la gauche que par le centre ou la droite. Car il est transpartisan et concerne toutes les familles.

Maternité, paternité, parité, de Violaine Dutrop, aux éditions du faubourg, 123 pages (qui se lisent facilement!) 12,90 euros.

Famille : « Il faut un congé paternité obligatoire, égal au congé maternité et bien rémunéré »
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