Entreprise sournoise de destruction du mythe N’Golo Kanté, étape 2. Après s’être attaqué dans le premier épisode à la supposée absence d’ambitions individuelles du milieu de terrain de l’équipe de France, passons à l’étape supérieure : la gentillesse. Si, en Russie, le joueur était peut-être le plus gentil des Bleus, cette année l’ancien Caennais s’est fait griller la politesse par Antoine Griezmann.

Grizou qui offre le péno à Benzema en match de prépa face aux Gallois à Nice, Grizou qui accepte de migrer côté droit pour laisser la place dans le fauteuil au duo KM10 et KB19, Grizou qui ne moufte pas quand le Madrilène décide à nouveau de taper le penalty face au Portugal et, last but not least, dernière amabilité en date, Grizou qui concède à Mbappé la primeur des coups francs alors que le Parisien n’est pourtant pas réputé pour être un crack en la matière.

Voilà, le Barcelonais c’est le bon gars (oserait-on dire la bonne poire ?) qui laisse la mémé passer devant lui à la caisse avec son caddie blindé alors qu’il était juste venu acheter des couches en urgence pour la petite dernière. On en viendrait presque à se demander si l’ancien Colchoneros n’en fait pas un peu trop, au point de pénaliser l’équipe de France, son équipe de France, celle dont il est le leader depuis plus de cinq ans maintenant.

Amateur de l’homme autant que du joueur, Omar Da Fonseca s’interroge lui aussi. « On ne peut pas nier qu’il soit impliqué à 100 % dans tout ce qui est dur labeur. C’est ce que je lui ai déjà dit plusieurs fois, c’est tout à son honneur, ça montre une espèce de dignité, de grandeur d’esprit. Néanmoins, quand on a un joueur qui a une palette comme la sienne, une telle expérience, il limite un peu son inspiration, ses intuitions, et ça me pose problème. Mozart il joue, ce n’est pas à lui de monter le piano ! », s’enflamme le consultant beIN Sport.

« Antoine, c’est la définition même de l’altruisme »

Concernant le coup franc laissé à Mbappé contre la Hongrie en phase de poule, alors qu’il est loin d’être le plus maladroit dans la discipline comme en témoignent ses stats avec l’Atlético de Madrid (7 pions sur 39 tentatives), Griezmann la jouait gentleman. « Il a pris le ballon et a voulu le tirer. Il tire vraiment très bien les coups francs, je les ai vus à l’entraînement, il sait le faire. Il n’y avait aucun souci, dès que tu la sens, tu tires. Dommage que ça ne soit pas rentré mais je sais qu’il peut les mettre au fond. » « Voilà, c’est ce que je dis, on a parfois l’impression qu’il joue en demandant la permission, on a le sentiment qu’il se fait un peu plus petit que les autres, avance Da Fonseca. C’est contradictoire par rapport à ce qu’il représente en équipe de France. Il ne se valorise pas assez mais peut-être qu’il n’en a pas conscience. »

Pour Philippe Montanier, son entraîneur à la Real Sociedad de 2011 à 2013, c’est tout le contraire en réalité. S’il donne, c’est qu’il aime ça. Et tant pis si la théorie du grand joueur dont l’ego n’aurait d’égal que son talent en prend un coup dans les carreaux. « Il a de l’ego pour tout ce qui est performance, pour supporter la pression, tempère le nouveau coach toulousain. Je l’ai connu très jeune et on voyait déjà qu’il avait une forte personnalité, mais Antoine, c’est la définition même de l’altruisme. Il prend du plaisir à servir les autres. Quand il peut se servir il le fait, mais ça ne passe vraiment pas en priorité. » C’est encore plus flagrant dans les efforts défensifs depuis le début de la compétition. Si Mbappé daigne enfin utiliser un peu de son peps pour redescendre aider les copains, c’est surtout Griezmann qui passe son temps à faire le sale boulot.

Antoine Griezmann donne tellement sur le plan défensif qu'il en perd un peu de sa puissance créatrice en attaque.
Antoine Griezmann donne tellement sur le plan défensif qu’il en perd un peu de sa puissance créatrice en attaque. – FRANCK FIFE / AFP

« Le Griezmann finisseur me manque »

« Je donne souvent cette phrase “il sait le faire mais il est persuadé qu’il faut aussi qu’il le montre”. Pour Griezmann, c’est ça, j’ai l’impression qu’il veut montrer les sacrifices qu’il est capable de faire. Il le faisait à l’Atlético de Madrid mais pas autant, juge le commentateur argentin. Là, dans cet Euro, il le fait énormément, trop je trouve. Contre l’Allemagne, je ne compte plus le nombre de fois où on le retrouvait derrière Hernandez, c’est dingue ! ». Et si on sait que le Barcelonais a les cannes pour répéter les allers-retours, Da Fonseca ne croit pas en la théorie de la corne d’abondance.

« Je continue de penser que quand tu regardes trop dans le rétroviseur, tu as du mal ensuite à te concentrer sur le pare-brise avant. Il utilise trop d’énergie et il perd fatalement du jus pour attaquer, je trouve qu’il tente moins de dribbles, il fait moins de feintes de frappes, par moments il est tellement appliqué pour faire les efforts qu’il en perd de l’inspiration en attaque. Après, je ne doute pas qu’il se nourrisse de ça, qu’il ait besoin d’être comme ça pour être totalement épanoui, mais le Griezmann initiateur de jeu, faiseur de belles passes et finisseur me manque. »

Grizou meilleur tacleur de l’Euro, WTF ???

Ses stats en attestent. Il y en a une en particulier qui nous a fait avaler notre camomille de travers : au terme de la phase de poule, tous joueurs confondus et pas seulement qu’en équipe de France, Grizou n’est ni plus ni moins que le meilleur tacleur de la compétition, avec onze ballons grattés en se jetant les pieds en avant. On frôle tout de même l’anomalie, non ? « Ah ben Antoine c’est un ancien Colchoneros, hein, il sait d’où il vient »,
rigolait Presnel Kimpembe ​en conférence de presse quand on lui a sorti la stat. Le virus de la grinta injecté par Diego Simeone résiste encore au vaccin FC Barcelone, c’est dire.

D’ailleurs, son ancien coach au Pays basque nous le certifie : le natif de mâcon prend un pied monstrueux à défendre. « Je me souviens qu’un jour je n’avais plus d’arrière gauche et il m’avait dépanné en fin de match sans broncher. Et il avait été extraordinaire (rires) ! C’est vraiment sa nature, ce n’est absolument pas forcé. Il m’avait dit « pas de souci coach, je m’en occupe, vous allez voir, ça va le faire ». Pour un entraîneur et pour ses coéquipiers, un gars comme ça c’est une mine d’or, il est tellement polyvalent, il sait tellement tout faire, qu’en fonction des situations il est capable de vous sortir de tous les problèmes. Peut-être que ça met moins en valeur ses performances offensives mais chaque médaille à son revers. » S’il est heureux comme ça, après tout…

France – Suisse : « Mozart, il joue, ce n’est pas à lui de monter le piano »… Griezmann se sacrifie-t-il trop pour les Bleus ?
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