Les chiffres qui circulaient en octobre sur les lits fermés dans les hôpitaux français avaient fait couler beaucoup d’encre. Mais étaient-ils représentatifs ? Jean-François Delfraissy parlait alors de 20 % de lits disponibles fermés par manque de soignants.

Mi-novembre, Martin Hirsch, le directeur de l’Assistance-Publique Hôpitaux de Paris (AP-HP), évoquait quant à lui dans L’Express 13 % de lits fermés début novembre dans les 39 hôpitaux franciliens. Interrogé sur
cette pénurie par 20 Minutes,
Olivier Véran répliquait le 16 novembre : « La Fédération hospitalière de France a fait une enquête et parlé de 5 à 6 %, peu ou prou comme en 2019 à la même période. » Pour objectiver les choses, le ministère de la Santé a lancé sa propre enquête, dont les résultats ont été dévoilés ce jeudi par la
Direction générale de l’offre de soins (DGOS).

Baisse de 2 % de lits disponibles par rapport à 2019

Son bilan va à l’encontre des alertes qui viennent du terrain… et des chiffres avancés à la fois par le Conseil scientifique et par la Fédération hospitalière de France. Côté méthodologie, 2.300 établissements publics et privés non lucratifs ont été interrogés, et 47 % ont répondu. « Mais cela représente deux tiers des lits et des ressources humaines », précise la DGOS. Car les plus grosses structures ont répondu. Selon ce sondage, en octobre 2021, le nombre de lits était en baisse de 2 % par rapport 2019 (- 3 % par rapport à 2020), soit 1.800 lits en moins sur les 1.100 établissements répondants.

Cette baisse est plus marquée en chirurgie : – 7 %. « Mais on voit aussi une progression forte des capacités en ambulatoire (+ 6 %) en chirurgie », poursuit la DGOS. En médecine, si les lits hospitaliers ont baissé de 2 %, on est à + 19 % en ambulatoire. En obstétrique, on observe – 4 % de lits et il n’y a pas d’ambulatoire, soit 400 lits en moins. En soins de suite et de réadaptation (SSR), on note une baisse des capacités de 2 %, mais + 20 % en ambulatoire. Et en psychiatrie, c’est plus atypique : il y a une baisse de 2 % des lits hospitaliers et de 2 % en ambulatoire. « On va creuser ce point », promet la DGOS. Et d’ajouter : « Ces ordres de grandeur permettent de nuancer les constats qui ont pu être dressés. Ce “20 % de lits fermés”, on a pu le retrouver localement mais ce n’est pas une vérité générale. Cela ne nie pas les tensions. »

Toujours selon l’enquête, 16 % des services en médecine avaient, en octobre 2021, un taux d’occupation de 90 %. « Tous les lits déployés n’étaient pas occupés, relativise le ministère de la Santé. En obstétrique, seulement 6 % des maternités ont des taux d’occupation très élevés. Nous n’avions pas un système totalement saturé. »

Et du côté des soignants ?

De même, sur la question des moyens humains, les feux ne sont pas au rouge, tente de rassurer le ministère de la Santé. « Il n’y a rien qui confirme une hémorragie », tranche la DGOS. En octobre 2021, 314 médecins, 42 sages-femmes, 1.245 infirmiers et 511 aides-soignants ont démissionné. Soit 2.112 soignants en moins sur les 1.100 établissements de santé qui ont répondu. « Cela fait deux démissions par établissement en moyenne sur toutes ces professions pour un mois », calcule la DGOS.

« En revanche, on voit des difficultés dues à l’absentéisme et à des équipes instables, ajoute-t-elle. L’absentéisme est un peu supérieur à la normale, de l’ordre de 1 point par rapport à 2019 pour tous les différents métiers. » Du côté des médecins, de 1 à 5 % ont eu un arrêt maladie, de 5 à 10 % des sages-femmes, de 10 % des infirmiers, et de 10 à 15 % des aides-soignants. « C’est en partie ce facteur qui explique les tensions dans les établissements de santé. Car vu la charge de travail, même quelques personnes en moins, ça se ressent. »

Un deuxième axe vient aggraver les choses : le turn-over. « Les équipes sont plus instables qu’avant la crise sanitaire, reconnaît le ministère. Il y a beaucoup d’entrées et de sorties. En octobre, on note un solde négatif sur les paramédicaux. » Précisément, il y a eu 784 départs non remplacés d’infirmiers sur un total de 200.000 à 250.000 professionnels. En revanche, il y avait 28 médecins et 363 aides-soignants supplémentaires. « Il faut rappeler le contexte : en octobre, c’était la mise en œuvre de l’obligation vaccinale, précise le ministère de la Santé. Cela a contribué à certains mouvements. Il faudrait voir dans les prochaines enquêtes si l’on est revenu à la normale… » Reste que depuis cette enquête, arrêtée en octobre ou novembre selon les établissements, la situation ne s’est pas améliorée avec la crise des urgences, la cinquième vague de
Covid-19 et les plans blancs qui s’enchaînent.

Hôpitaux : Le nombre de lits en recul de seulement 2 % par rapport à 2019, selon une enquête du ministère de la Santé
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