Les nouveau-nés de 2020, parfois surnommés « bébés du confinement », ont passé leurs premiers mois loin des grands-parents, des jeux des parcs, des amis des parents. Souvent en vase clos. Entre le couvre-feu de six mois, les confinements, les interactions limitées et les réunions familiales évitées, ils semblent moins habitués à la collectivité et parfois apeurés.

« Je ne pouvais même pas la laisser deux minutes pour aller aux toilettes »

Stéphanie, 29 ans, a eu une fille le 12 mai 2020. « Vers cinq mois, elle a commencé à pousser des hurlements chaque fois qu’on allait chez des amis, de la famille… Personne ne pouvait la prendre sur ses genoux ou dans ses bras à part son papa et sa maman, c’est à peine si on pouvait s’approcher d’elle et lui sourire. Et hors de question de la poser par terre dans ces moments. Je ne pouvais même pas la laisser deux minutes pour aller aux toilettes. »

Meryl, 28 ans, a une fille du même âge et la surnomme « bébé pot de colle ». « Je ne peux quasiment pas la lâcher. Elle est très craintive des autres et l’angoisse de la séparation est loin d’être terminée. » Une dépendance totale difficile à supporter pour les parents… Marine, 30 ans, traverse des difficultés semblables avec son fils de 18 mois. « Aujourd’hui encore, il va pleurer un bon quart d’heure quand on le dépose chez sa nounou, et reste accroché à nous comme une bernique à son rocher. »

Encore plus insupportable pour les mères célibataires. « Mon fils ne veut pas dormir chez ses grands-parents, confie Mary, 30 ans elle aussi. Il aimerait être tout le temps avec moi. Très compliqué par moments sachant que je suis maman solo, dur de faire une pause ! »

« A la crèche, elle avait comme un « périmètre de sécurité » »

Une peur de l’autre qui ne s’applique pas qu’aux adultes. Ce qui rend l’entrée en collectivité parfois ardue. « A la crèche, les choses se sont toujours plutôt bien passées avec les auxiliaires, mais ma fille ne supportait pas que les autres bébés l’approchent au début, reprend Stéphanie. Elle avait comme un « périmètre de sécurité »»

Mégane, 26 ans, a dû faire un mois d’adaptation au lieu d’une semaine en général. « Lorsque la crèche s’est mise à fermer un mois sur deux, c’est devenu de pire en pire. Même lorsque l’on va au parc, si un enfant a le malheur de s’approcher d’elle, elle va le repousser et partir en courant en pleurant. »

« Étant déjà maman de deux grands de 11 et 12 ans, je peux dire que ce confinement a eu un grand impact sur ma dernière, née en 2020, assure Justine, 32 ans. Encore aujourd’hui, je ne peux la laisser à personne, excepté sa nounou. Dès que nous rencontrons de nouvelles personnes, elle reste collée. » Et comme souvent, face à ces difficultés, toutes les mères ne peuvent pas compter sur la bienveillance de l’entourage. Amélie, 33 ans, décrit son fils de 15 mois comme « très sauvage ». « J’ai encaissé pas mal de réflexions : « tu l’as trop dans les bras », « tu ne le laisses pas assez aux autres », « tu le couves trop », « laisse-le pleurer »… »

« Il va à la crèche, ce qui lui a permis de devenir plus sociable »

Mais cette phase « pot de colle » ne dure pas forcément. Pauline note une amélioration depuis que son fils a découvert la crèche. « Né en mars 2021, il n’y avait pas de confinement mais les restrictions de voyage. Notre famille ne vivant pas proche de chez nous, il n’a pas vu beaucoup de monde. Par la suite, il a eu beaucoup de mal. Maintenant, à huit mois, il va à la crèche, ce qui lui a permis de devenir plus sociable vis-à-vis de nos familles. »

Certains internautes soulignent même qu’au contraire, cette parenthèse a été synonyme de sérénité. Séverine, 31 ans, a eu une fille en avril 2020. « C’était un bébé assez calme qui a fait ses nuits très rapidement. A un an, elle a commencé la crèche et elle adore y aller. » Kathelyne, 26 ans, a même particulièrement apprécié cette arrivée au monde sans stress, ni injonction. « Nous n’étions pas parasités par les demandes certes souvent bienveillantes, mais parfois usantes : « tu devrais faire comme-ci ». Notre fils a aujourd’hui 19 mois et vit comme n’importe quel petit garçon de son âge. »

Aucune alerte des professionnels de la Petite enfance

Un témoignage qui n’étonne pas Stéphane Clerget, pédopsychiatre et auteur de L’intelligence spirituelle de votre enfant*. « Il n’y a pas de raison de s’inquiéter si un enfant de moins de 3 ans préfère les bras de ses parents à ceux d’inconnus. Pour la majorité des bébés, le confinement a été positif. Ils ont bénéficié de la présence des deux parents, ce qui est assez inédit. Cela a développé une sécurité intérieure importante. Ces enfants font bien la différence entre le noyau parental et les lieux extérieurs, et cela ne fera pas d’eux des enfants insécures, angoissés ou des adultes dépendants affectifs. »

Cette génération du confinement sera-t-elle spécifique ? Aucune étude ne s’est encore penchée sur la question. Et la réponse, scientifique, risque de prendre des années. « Un bébé n’est jamais aussi bien qu’avec ses parents, fait remarquer Stéphane Clerget. A condition qu’ils aillent bien. Le souci c’est que certains, pendant le confinement, pouvaient être angoissés, en deuil, en conflit avec l’autre parent… ». Quoi qu’il en soit, comme le pédopsychiatre, nos autres interlocuteurs n’ont pas remarqué un frein inquiétant dans la sociabilité de ces enfants. La présidente de la Société française de pédiatrie, Christèle Gras-Le Guen, assure ne rien constater qui pourrait alerter. Tout comme Bénédicte Vrignaud, pédiatre qui intervient aux urgences pédiatriques et dans les crèches : « Je n’ai pas observé ce problème et je n’ai pas été spécialement interpellée par les parents. »

Lucie Robert est auxiliaire de puériculture en crèche et cosecrétaire générale du Syndicat national des professionnels de la petite enfance (SNPPE). « Il n’y a pas eu de retour au sein du syndicat ou sur les réseaux sociaux et je ne vois pas de grande différence entre les enfants entrés en crèche en 2020 et 2021 et les années précédentes, confirme-t-elle. Des enfants qui vont mettre deux mois à s’adapter à la collectivité, il y en a toujours eu ! Et pour énormément de raisons. On pourrait avoir tendance à dire : « c’est à cause du Covid-19 ou du confinement. » Mais on sait que l’attachement est multifactoriel : il faudrait avoir tous les antécédents de la grossesse, est-ce qu’il y a eu césarienne, peau-à-peau, allaitement écourté… »

« Les difficultés liées à la séparation sont fonction de la personnalité du bébé, de l’attachement à d’autres personnes, père, frère et sœur, et des difficultés du parent face à la séparation, ajoute Stéphane Clerget. Et la difficulté de séparation est parfois bilatérale, reprend le pédopsychiatre. Sans vouloir culpabiliser les parents, car c’est normal d’avoir du mal à quitter son bébé, cette peine est ressentie par l’enfant, à un âge où il est un miroir. »

* L’intelligence spirituelle de votre enfant, Stéphane Clerget, Edition Leduc S, avril 2021, 17 €.

Hurlements, « périmètre de sécurité »… Les « bébés du confinement » ont-ils plus de difficultés avec la collectivité ?
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