Gislaine*, 71 ans, promène tranquillement son chien dans les rues de Nice. Le corgi va bientôt fêter son premier anniversaire. Elle est allée le chercher « chez des gens sûrs, pas comme [son] voisin, raconte-t-elle. Il s’est fait avoir en l’achetant dans une animalerie ! Ce n’est pas du tout la race qu’on lui a vendue. » Des histoires comme ça, ça court les rues dans les Alpes-Maritimes. « Deux établissements sont sous le coup d’enquête pour avoir des pratiques très douteuses. Notamment, sur l’importation d’animaux de Hongrie qui voyagent des conditions désastreuses », confie à 20 Minutes le député de la 2e circonscription du département, Loïc Dombreval, également rapporteur général de la loi
contre la maltraitance animale.

Cette dernière, qui va être votée le 16 novembre à l’Assemblée nationale et le 18 novembre au Sénat, comprend un volet sur les animaleries. A partir de 2024, il sera interdit d’y vendre des chats et des chiens. Et dès l’entrée en vigueur du texte, ces animaux de compagnie ne pourront plus être exposés derrière des vitrines. Une mesure indispensable pour « mettre fin aux achats d’impulsion qui sont généralement suivis par des abandons », comme l’avaient expliqué
ces associations il y a quelques semaines. Pour le député, qui est aussi vétérinaire, ce texte « est nécessaire pour faire évoluer le regard qu’on porte sur les animaux, qui ne sont pas des objets. C’est d’ailleurs une disposition prise dans beaucoup de pays voisins ». Il ajoute : « Les chiens et les chats des animaleries ne peuvent pas se développer dans de bonnes conditions dans cet espace de vie. »

Où acheter son chien ou son chat après 2024 ?

Pour Muriel Arnal, présidente de l’association One Voice qui milite pour les droits des animaux, « la loi ne va pas assez loin ». Elle développe : « C’est bien mais pour les autres animaux alors ? Et puis l’objectif était vraiment d’encadrer davantage la vente en ligne, là, on est loin d’une mesure historique et ça va prendre des années pour prendre en compte davantage ces êtres vivants ».

En effet, l’achat en ligne fera partie des possibilités pour devenir propriétaire d’un chien ou d’un chat après 2024. Les futurs acquéreurs pourront également se rendre directement chez des éleveurs professionnels ou amateurs déclarés. Autre option privilégiée : adopter dans des refuges.

Le député affirme : « Sur Internet, la loi va permettre d’améliorer les choses existantes, comme les annonces frauduleuses. La seule façon de vendre se fera sur des sites entièrement dédiés aux animaux et pas entre un frigo et une voiture. Ce site validera l’annonce seulement après la vérification du numéro d’identification de l’animal. » L’ancien maire de Vence se dit satisfait de l’accord trouvé en commission mixte paritaire la semaine dernière.

Les propriétaires d’animaleries en colère

Moins contents de cette loi, les propriétaires d’animaleries. À Nice, se faire insulter ou se faire raccrocher au nez a été les seules options données par la dizaine de boutiques contactées par 20 Minutes. Après avoir dit « qu’elle ne répondrait pas avant l’entrée en vigueur de la mesure », une d’entre elles s’est tout de même expliquée sur cette « colère ». « Je suis ouverte depuis trente ans et du jour au lendemain, on va devoir fermer ? Ça mettra des gens au chômage, c’est tout ce que ça va faire ».

Loïc Dombreval répond à cet argument par l’exemple du groupe Maxi Zoo, une chaîne allemande d’animaleries, qui a arrêté la vente d’animaux et qui voit sa croissance augmenter. Mais pour la gérante niçoise, la loi pouvait s’en tenir à la fermeture des vitrines même si elle ne conçoit pas que les animaux abandonnés puissent venir de chez elle. « On va tout droit vers une catastrophe, ce texte va favoriser les trafics. Au moins, dans une animalerie, il y a des garanties ! », s’énerve-t-elle en visant les annonces Internet.

Nice, capitale du bien-être animal… Mais aussi des trafics

Pourtant, ce n’est pas ce qu’a constaté « l’élu aux animaux » de la ville de Nice, Henry Jean Servat, qui applaudit cette loi contre la maltraitance animale. « Cet été, j’ai reçu des dizaines et des dizaines de signalements à propos de chiens et de chats en plein soleil, détaille-t-il. Et je suis de près ces enquêtes de trafics de certaines animaleries qui font venir des chiens et des chats des pays de l’Est dans des conditions inhumaines avec de solides preuves. » Il assure « ne rien avoir contre ces établissements », mais « penser au bien-être des animaux ».

C’est dans cette optique qu’il n’y a « plus de salons du chiot et du chaton » organisé par la ville et que des « beaux projets arrivent » en ce qui les concerne. « Bientôt », il sera possible de venir travailler à la mairie avec son chien, une mesure déjà mise en place ​à Grenoble, ou de prendre les transports avec eux. L’élu compte bien faire perdurer
le titre de «meilleure ville pour vivre avec son chien» donné à Nice cette année par le magazine 30 millions d’amis.

* Le prénom a été modifié.

Loi contre la maltraitance animale : Sur la Côte d’Azur, des animaleries sont « en colère », les élus sont « satisfaits » et une association « veut que ça aille plus loin »
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