A l’avenir, la pêche va devoir être durable sous peine d’épuiser toutes les ressources de mer. Conscient de ces enjeux,
l’Ifremer teste actuellement à Lorient des filets intelligents afin de réduire la prise d’espèces non ciblées par la pêche. « Un chalut, c’est comme une grande épuisette, on la remorque derrière le navire pendant plusieurs heures sans avoir connaissance de ce qui y entre en temps réel, à savoir est-ce que ce sont des espèces qui sont ciblées par le pêcheur ou non », décrit Julien Simon, du laboratoire de technologie et biologie halieutique de l’Ifremer.

Chaque année, 20 millions de tonnes de poissons, soit environ le quart des captures marines totales, sont ainsi rejetées en mer ou ramenées à quai bien que non exploitées, selon l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture. Variable en fonction des espèces ciblées, le taux de rejet dans le cas de la pêche à la sardine est de 22 %, quand il atteint 41 % pour la pêche à la langoustine, selon des données de l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer.

Le poisson trié avant d’être remonté à bord

Pour réduire les captures inutiles, l’Ifremer, en partenariat avec l’université Bretagne Sud, le comité des pêches du Morbihan et la société Marport, spécialisée dans les capteurs de haute technologie, a donc développé ce projet de chalut intelligent, qui constitue « un outil d’aide à la décision pour les pêcheurs », selon Julien Simon. Doté de caméras, de capteurs et de puissants logiciels d’analyse le dispositif permet ainsi d’informer le pêcheur en temps réel des espèces capturées, de leur taille et de leur abondance.

« Cela ne m’intéresse pas d’avoir le poisson sur le pont et de le trier une fois qu’il est mort, je préfère le trier sur le fond », note Eric Guygniec, à la tête de l’armement breton Apak et partenaire du projet. Avec un tel dispositif, « on sait à tout moment ce qui rentre dans le filet, la taille du poisson et l’espèce, et si l’espèce ne nous intéresse pas on peut ouvrir une trappe », détaille-t-il.

Le coût de cette technologie interroge les pêcheurs

Outre ce dispositif innovant de filet pélagique, c’est-à-dire évoluant entre la surface et le fond sans entrer en contact avec celui-ci, un chalut de fond, également doté de caméras et de capteurs, est en test à Lorient. Mais cette fois le dispositif vise à préserver au mieux l’écosystème marin. « En fonction de la présence d’espèces ciblées ou non ciblées, le chalut va se mettre en mode pêche ou en mode vol afin d’éviter d’avoir un impact sur les fonds marins », explique Julien Simon, devant un prototype immergé dans ce bassin où un courant est généré afin de simuler l’avancée d’un bateau.

Cependant, sur les quais, certains marins s’inquiètent du coût d’un tel dispositif. Même si, comme toute innovation vertueuse, il pourrait ouvrir droit à des aides lors de sa mise sur le marché d’ici 2025. « Est-ce qu’on pourra acheter un chalut de ce type bourré de technologie ? » s’interroge un patron pêcheur de Lorient. Ce dernier indique avoir récemment mis en vente son bateau du fait des contraintes « trop lourdes » qui pèsent sur la profession. « C’est sûr que ça va avoir un coût », prévient également Soazig Palmer-Le Gall à la tête de l’armement Bigouden du Guilvinec et présidente de l’organisation de producteurs Pêcheurs de Bretagne.

Lorient : Des filets intelligents testés pour éviter de pêcher toutes les espèces
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