Le 28 avril et le 4 mai prochain, l’OL va célébrer deux anniversaires marquants. A savoir les 10 ans de sa Coupe de France 2012, dernier trophée remporté par le club, puis les 20 ans de son premier sacre de champion de France dans un Gerland en fusion. Cet enchaînement symbolique renvoie les supporteurs lyonnais à une sinistrose tenace, exacerbée depuis une semaine par la fin de l’aventure 
Juninho au poste de directeur sportif et par une 12e place en Ligue 1. Avant un nouveau tournant pour la bande à Anthony Lopes, dimanche à Lille (13 heures), 20 Minutes se penche sur la responsabilité de
Jean-Michel Aulas dans cette disette sportive qui dure.

Avec une question en filigrane : est-il personnellement bien moins inspiré dans ses choix stratégiques qu’il y a 15 ou 20 ans ? Pour Anthony (34 ans), abonné de longue date à l’OL, cela ne fait guère de doutes : « L’organigramme qu’il a mis en place est sans ligne directrice claire. Il était évident qu’en nommant Vincent Ponsot directeur du football après l’arrivée de Juninho comme directeur sportif, il allait y avoir des conflits. Et puis l’époque où Bernard Lacombe pouvait se rendre seul aux Pays-Bas pour y repérer un “Djila” Diarra est révolue. Aujourd’hui, tu es hors-jeu au niveau de ta cellule de recrutement si tu n’étoffes pas ton nombre de scouts comme le font tous les clubs. »

« Les coachs passent et les résultats restent sur courant alternatif »

Une structure sportive « vieillissante » (avec désormais un seul recruteur opérationnel en attendant l’arrivée d’Alain Caveglia) qui aurait contribué à pousser à bout Juninho, arrivé en mai 2019 avec « tous les pouvoirs sportifs » (dixit JMA). « Mais est-ce que “Juni” a tout fait comme il fallait ?, s’interroge son ancien partenaire Nicolas Puydebois. Ça s’est mal passé avec toutes les personnes avec qui il a été amené à travailler au club. C’est d’ailleurs selon moi parce qu’il n’est pas rentré dans le costume de directeur sportif que Jean-Michel Aulas est revenu sur le devant de la scène. »

L’ex-doublure de Grégory Coupet, aujourd’hui consultant pour Olympique et Lyonnais, ne pointe pas en premier le président de l’OL dans cette possible troisième saison sans qualification en Ligue des champions : « Les premiers responsables restent les joueurs, que je vois comme des enfants gâtés. Plus qu’une carrière sportive, ils viennent à Lyon pour une carrière financière. On constate leurs difficultés pour sortir de leur zone de confort et effectuer un pressing haut comme veut le mettre en place 
Peter Bosz. Dans les années 2000, il nous arrivait de faire deux séances d’entraînement par jour et ça ne nous a jamais tués. A l’OL, certains sont là depuis quatre ou cinq ans, les coachs passent et les résultats restent sur courant alternatif ».

L'échec de l'organigramme actuel, avec Juninho au poste de directeur sportif depuis mai 2019, pourrait laisser des traces.
L’échec de l’organigramme actuel, avec Juninho au poste de directeur sportif depuis mai 2019, pourrait laisser des traces. – JEFF PACHOUD / AFP

« Il est forcément en décalage avec les générations actuelles »

En poste depuis bientôt 35 ans, le président Aulas ne serait donc pas parvenu à contrecarrer ce constat d’institution défaillante face à son effectif professionnel ? « La mentalité des joueurs à la fin des années 1990 et au début des années 2000 collait bien plus à la personnalité du président que ce qu’on peut voir aujourd’hui, poursuit Nicolas Puydebois. Même si c’est un visionnaire, il est forcément en décalage avec les générations actuelles de joueurs et de spectateurs, qui ont entre 30 et 50 ans de moins que lui. Et puis ce n’est quand même pas évident de se renouveler sur un bail aussi long. »

Ancien latéral lyonnais de 2000 à 2003, Jean-Marc Chanelet, qui a récemment été sondé pour intégrer la cellule de recrutement de l’OL, va dans le même sens : « Jean-Michel Aulas a toujours su prendre de l’avance pour bien faire évoluer son club, étape par étape. Mais ce n’est jamais simple de synchroniser une équipe performante avec une période d’investissement pour avoir son propre stade puis la construction d’un OL Land tout autour. Et là, il y a une phase plus compliquée ».

Guingamp, l’ASSE et Strasbourg titrés depuis dix ans, pas l’OL

Une phase de dix ans de disette trop souvent synthétisée comme survolée intégralement par le PSG version QSI. Montpellier, Monaco et Lille ont pourtant tous pu être champions, et Bordeaux, Guingamp, l’ASSE, Strasbourg et Rennes ont pu enrichir leur armoire à trophées avec une coupe nationale. Sur cette période, JMA a notamment misé pendant trois et ans et demi (de janvier 2016 à mai 2019) sur le tandem Maurice-Genesio, actuellement en pleine réussite au Stade Rennais.

Le 3 avril 2019, la prolongation de contrat de deux ans de Bruno Genesio était quasi actée, avant que l’élimination surprise en demie de Coupe de France contre Rennes (2-3) ne débouche sur une conférence de presse lunaire, dans laquelle Aulas se rétractait et plantait son coach. A voir le projet sportif du deuxième budget de Ligue 1 basculer à cause d’un but de Ramy Bensebaini (agrémenté d’un « Genesio démission » scandé dans les virages), d’une prolongation de Genesio à un inexpérimenté ticket brésilien Juninho-Sylvinho, on comprend qu’Aulas n’a pas toujours eu une vision bien définie pour son club ces dernières années.

Bruno Genesio et Jean-Michel Aulas, ici dans l'auditorium du Parc OL, le 3 avril 2019, après une élimination en demie de Coupe de France contre Rennes (2-3), qui a coûté à Genesio sa prolongation à Lyon.
Bruno Genesio et Jean-Michel Aulas, ici dans l’auditorium du Parc OL, le 3 avril 2019, après une élimination en demie de Coupe de France contre Rennes (2-3), qui a coûté à Genesio sa prolongation à Lyon. – Jérémy Laugier/20 Minutes

« C’est quand même lui qui a bâti ce club »

S’attaquer à pareille icône, qui a conduit l’OL de la 2e division à sept titres de champion de France (de 2002 à 2008), reste très délicat pour tout supporteur lyonnais. « On n’a pas toujours dit amen à tout le concernant, note Richard, un habitué du virage sud. L’autosatisfaction et la culture de l’excuse permanente, c’est aussi Aulas. Et puis quand tu t’autoproclames deuxième club français, alors que sportivement tu ne l’es plus, ça crispe tes supporteurs. » Depuis le septuplé, Lyon n’a ainsi fini que trois fois deuxième (2010, 2015 et 2016).

Avec souvent un paquet d’incohérences sportives, comme l’absence chronique d’ailiers dans un effectif professionnel de 24 joueurs, alors que de 2018 à 2020, pas moins de trois arrières droits étaient en concurrence (Dubois, Rafael et Tete). Sur les critiques récurrentes quant à de possibles intrusions dans le sportif, l’ancien entraîneur de l’équipe féminine lyonnaise (de 2017 à 2019) Reynald Pedros tient à prendre sa défense.

Il a beau parfois dire le contraire, il connaît le football. Il m’a proposé de nombreuses idées intéressantes sur le plan sportif, comme l’utilisation de nouvelles technologies pour faire évoluer les entraînements. Certains s’étonnent qu’il donne des avis à ses entraîneurs, mais c’est quand même lui qui a bâti ce club. J’étais en contact permanent avec lui. Il a toujours respecté mes choix sportifs, sans le moindre reproche, même quand je n’alignais pas des joueuses américaines par exemple. C’était précieux d’écouter ses conseils au quotidien. »

« C’est comme si le football était devenu un prétexte »

Pourtant, que ce soit pour l’arrêt prématuré du championnat en 2019-2020 avec le Covid-19, ou plus récemment sa gestion de l’après-couac du lancer de bouteille sur Dimitri Payet, ses prises de position sont toujours aussi clivantes, voire incomprises. « Jusqu’à cet épisode OL-OM, où il a pu dire tout et son contraire à chaud, sa com’ était plus posée, plus soft, et il redevenait audible », note Nicolas Puydebois, victime il y a trois ans d’une
attaque sur son physique de la part du twitto sniper JMA. Mais bien plus que sa com’ parfois guère maîtrisée, c’est la diversification poussée à l’extrême d’OL Groupe qui exaspère les virages.

Grâce à son équipe féminine, Jean-Michel Aulas a pu soulever à sept reprises la Ligue des champions depuis 2011.
Grâce à son équipe féminine, Jean-Michel Aulas a pu soulever à sept reprises la Ligue des champions depuis 2011. – GABRIEL BOUYS / POOL / AFP

A la fin des années 2000, une banderole « OL Pizza, OL Coiffure, OL Conduite, à quand OL Football ? » avait été sortie à Gerland. Depuis le déménagement au « formidable outil » de Décines en janvier 2016, cette tendance a explosé : rapprochement avec l’Asvel de Tony Parker, rachat de la franchise de football féminin aux Etats-Unis Reign FC, concerts de Coldplay, Rihanna, Céline Dion et Ed Sheeran au Parc OL, festival Felyn finalement plombé par le Covid-19, OL Vallée et All in academy de tennis. De même, l’Ebitda fait partie du langage courant de chaque supporteur lyonnais. Nicolas Puydebois décrypte cette tendance.

Au début des années 2000, le président avait déjà dans un coin de tête de développer une franchise OL. Mais son objectif suprême était alors de devenir champion de France. Le sportif a permis de construire cette institution OL, mais désormais la partie mercantile, les divertissements, ce côté “OL Disney” semblent parfois avoir pris le dessus. C’est comme si le football était devenu un prétexte pour lancer d’autres projets. A terme, ces revenus vont peut-être permettre au club de redevenir compétitif. Mais pour l’instant, tout l’argent investi ne va pas dans le pôle sportif. »

Vers un passage de témoin à 75 ans ?

Une stratégie qui vient de pousser un recruteur historique et reconnu comme Patrice Girard à rejoindre Angers, où il va toucher un meilleur salaire. Un énième mauvais signal de nature à inquiéter les supporteurs. « On risque de végéter en Ligue 1 et la direction se gargarise de construire une Arena pour l’Asvel, soupire Anthony. JMA aurait dû se réinventer, ou alors délaisser le sportif. Personnellement, je n’espère plus rien de sa part d’un point de vue sportif. »

Tony Parker pourrait être le successeur de Jean-Michel Aulas d'ici quelques années.
Tony Parker pourrait être le successeur de Jean-Michel Aulas d’ici quelques années. – URMAN/SIPA

Agé de 72 ans, l’intéressé se rapproche de la barre des 75 ans qu’il avait fixée, en avril 2020 dans L’Equipe, pour passer la main, avec un doux rêve de remporter une Coupe d’Europe avec les garçons dans le même timing. On l’imagine davantage soulever une 8e Ligue des champions aux côtés de son équipe féminine, avant d’installer Tony Parker dans son bureau. « En mon for intérieur, je pense qu’hormis un cas de force majeure, il mourra président de l’OL, comme
Louis Nicollin l’a fait, estime Nicolas Puydebois. Et comme tous les grands bâtisseurs, son travail sera surtout reconnu après coup… »

Losc – OL : Jean-Michel Aulas est-il le premier responsable de l’actuel fiasco lyonnais ?
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