Ils avaient annoncé la semaine dernière qu’ils ne contrôleraient pas leurs clients et ils tiennent parole. Ils sont même rejoints depuis lundi par davantage d’établissements. Près d’une centaine de bars et restaurants, de Bretagne et des
Pays-de-la-Loire principalement, revendiquent le droit d’ignorer le 
pass sanitaire dans leurs locaux. Réunis dans deux collectifs
« Bienvenue ici, contrôler n’est pas notre métier » et « Les Bistrotiers bretons », ces gérants en colère ne cachent pas leur démarche et affichent même un texte explicatif, accompagné d’un logo distinctif, sur leurs vitrines.

« Nous sommes des lieux ouverts à tous sans distinction. L’accueil sans condition, l’entraide et l’échange sont des notions fondamentales, inscrites dans notre socle de valeurs. Nous refusons de jouer le rôle de police sanitaire et ainsi de contrôler, de trier et de séparer les usagers de nos lieux », affirme notamment leur communiqué commun.

« Contre le fait d’exclure qui que ce soit »

Au Ty Coz, bar culturel à Morlaix (Finistère), le refus du pass est pour l’instant « bien compris », selon sa patronne. « Je fais ce métier pour rassembler, pas pour diviser en acceptant certains clients et en fermant la porte à d’autres, explique Cécile. Donc on ne vérifie pas leur document, on se met hors la loi, mais ça ne nous empêche pas de faire de la prévention, de parler du vaccin, de faire attention aux gestes barrière. »

Bienvenue ici
Bienvenue ici – F.Brenon/20Minutes

« Contrôler, interagir avec une personne qui n’est pas contente, ce n’est pas facile, ça s’apprend. Nous n’avons, de plus, pas tous les effectifs permettant de le faire », considère Tristan Crosnier, patron du bar à jeux Pioche, à Nantes. Il poursuit : « Nous sommes contre le fait d’exclure qui que soit, y compris des personnes en précarité éloignées du système santé et qui se retrouvent aujourd’hui encore plus à l’écart. Mais on a bien conscience que l’équilibre est fragile. Les clients vaccinés qui se sentiraient inquiets, je ne veux pas non plus les bloquer, je leur propose des espaces isolés. »

« Pas envie que mon bar devienne le repaire des antivax »

Les membres du collectif insistent sur un point : ils ne remettent « aucunement en débat la pertinence du vaccin ». « Ce n’est pas notre sujet », assure Cécile, du Ty Coz à Morlaix. « Je n’ai pas envie que mon bar devienne le repaire des antivax, confirme Tristan à Nantes. On voit bien que la vaccination est probablement aujourd’hui le moyen le plus efficace pour lutter contre l’épidémie. Nous sommes prêts à participer à l’effort collectif, mais pas en faisant du tri. »

Selon les membres du collectif, ce boycott du pass sanitaire est loin d’être isolé dans la profession, même si beaucoup de tenanciers « préfèrent rester discrets ». Il faut dire qu’en s’affichant de la sorte, les établissements contestataires savent qu’ils risquent des sanctions assez rapidement. « Je ne sais pas à quelle sauce on va être mangés, réagit la patronne du Ty Coz. Ça m’inquiète un peu, forcément, d’autant plus que je me sens un peu seule dans ma ville. Une fermeture administrative de quelques jours je suis prête mais au-delà je ne pourrai pas. J’ai huit salariés, je dois aussi penser à eux. » « On se doute que ça va tomber, peut-être la semaine prochaine, confie le gérant du Pioche. Si la police arrive, je serai honnête, j’expliquerai ma démarche, ce que je mets en place, et on verra bien. On appréhende mais on doit rester cohérent. »

Certains préfèrent carrément fermer

En cas de contrôle des forces de l’ordre, les clients s’exposent, eux aussi, à des verbalisations. A minima une amende forfaitaire de 135 euros. « Je comprends les arguments du bar, je les soutiens, donc si la police arrive, j’assumerai l’amende », promet Jean, un client nantais dépourvu de pass sanitaire attablé en terrasse. « Il y a un risque en venant ici, c’est vrai, mais je considère qu’il y a d’autres solutions que ce pass sanitaire. Comme de rendre la vaccination obligatoire », défend Miguel, autre client sans pass, une bière à la main.

Pour éviter de faire prendre ce risque aux clients, d’autres bistrots membres du collectif sont allés encore plus loin dans la démarche : ils sont fermés depuis lundi, en attendant de trouver une meilleure solution. C’est le cas de la brasserie Tri Martolod à Concarneau (Finistère) ou de la crêperie Le Temps des Cerises à Tonquédec (Côtes d’Armor).

« Je ne sais pas combien de temps je tiendrai car il y a forcément des conséquences économiques, mais c’est le meilleur choix, justifie Yann, patron du Temps des cerises. Je suis vacciné, bien conscient de la situation sanitaire. La demi-jauge, les gestes barrière, d’accord. Mais refuser de servir des habitués, ou voir débarquer les forces de l’ordre, je ne supporterai pas. » Pour maintenir une partie de son activité, le restaurateur envisage provisoirement la « vente à emporter ».

Pass sanitaire : Ces patrons de bars refusent de « faire du tri » et l’affichent clairement
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