Jonathan, 12 ans, a porté plainte contre sa professeure de français pour harcèlement (image d'illustration)

Jonathan, 12 ans, a porté plainte contre sa professeure de français pour harcèlement (image d’illustration) — DAMIEN MEYER / AFP
  • Trois collégiens et une professeure de français sont mis en examen dans l’enquête sur le suicide d’Evaëlle, 11 ans, pour des faits de harcèlement.
  • L’enseignante est également poursuivie pour des faits de harcèlement sur trois autres collégiens, dont Jonathan, qui était alors en 6e.
  • A la juge d’instruction, il raconte des humiliations et insultes quotidiennes.

Jonathan* n’a pas changé de comportement du jour au lendemain. « C’est monté petit à petit », se remémore la mère de l’adolescent de 14 ans. Ce jeudi d’avril, tous deux sont dans le bureau de la juge d’instruction chargée d’enquêter sur les raisons qui ont poussé Evaëlle, 11 ans, à mettre fin à ses jours. C’était il y a presque deux ans, dans la maison familiale d’Herblay, dans le Val-d’Oise.
Trois collégiens ont été mis en examen pour harcèlement, tout comme – et c’est inédit dans ce type d’affaire –
leur professeure de français, soupçonnée d’avoir entretenu un climat délétère. Cette dernière est également poursuivie pour des faits de harcèlement sur trois autres élèves entre 2016 et 2019.

Jonathan est le premier d’entre eux à avoir été entendu par la magistrate. S’il n’était pas scolarisé dans la même classe de 6e qu’Evaëlle et que tous deux se connaissaient peu, son audition, auquel 20 Minutes a eu accès, éclaire sur la descente aux enfers de sa jeune camarade. Selon son récit, il a été pris en grippe peu après son entrée au collège par cette professeure, aujourd’hui suspendue de l’Éducation nationale. « A chaque début d’année, elle choisit ses chouchous et ses cibles et elle s’amuse avec », décrypte-t-il. Pourquoi fait-il partie de la seconde catégorie ? A ses yeux, c’est son caractère, timide et réservé, qui a déplu à l’enseignante.

« Il criait qu’il était bête »

Il affirme avoir essuyé pendant un an ses moqueries et insultes. « Il faut retourner en CP », « tu es bête, tu es nul », « tu ne sers à rien » s’exclame-t-elle devant toute la classe… « C’était en boucle, chaque jour », insiste-t-il. Jonathan n’ose plus lever la main, même lorsqu’il ne comprend pas un exercice, croise les doigts pour ne pas être interrogé de peur d’être « engueulé ». A la maison, sa mère le voit perdre pied. « Il criait qu’il était bête, qu’il était nul, qu’il allait finir SDF », raconte-t-elle à la juge d’instruction. « Ce qui est frappant, c’est le système mis en place par cette professeure avec quelques boucs émissaires dans chaque classe, chaque année. Elle leur tient le même discours rabaissant, stigmatisant », s’insurge Me Delphine Meillet, l’avocate des parents d’Evaëlle et de Jonathan.

Au cours des investigations, plusieurs élèves ont confirmé aux enquêteurs les mauvais traitements subis par le collégien. « Il avait des problèmes en français, elle le mettait devant tout le monde et lui disait “tu es bête” », se remémore Arnaud*, 13 ans, l’un des trois collégiens mis en examen dans ce dossier, soupçonné d’avoir harcelé Evaëlle. Lui, raconte au contraire avoir été le « chouchou » de cette enseignante qui le « grondait avec le sourire », lui passait ses écarts de comportement. « Je bavardais beaucoup et pourtant elle me mettait moins de croix alors que Jonathan bavardait une fois et elle lui mettait plein de croix », se remémore-t-il.

La professeure nie les faits

La professeure, qui se décrit comme « sévère mais juste », « très à l’écoute des élèves », nie avoir eu, envers Evaëlle ou quelque autre collégien, un comportement pouvant relever du harcèlement. Entendue en septembre 2020 par la juge d’instruction, notamment sur le cas de Jonathan, elle affirme, au contraire, avoir tenté d’aider ce collégien qu’elle décrit comme accro aux jeux vidéo en mettant en place un « protocole ». Sa mère confirme avoir sollicité l’enseignante mais assure que les paroles, rassurantes, de l’enseignante n’ont pas été suivies d’actes. Une situation, confie-t-elle à la juge d’instruction, qui l’a plongée dans un profond désarroi. « Les parents d’Evaëlle essayaient d’alerter mais ça se répercutait sur Evaëlle, je ne voulais pas que ça se répercute sur Jonathan qui est pour moi plus fragile. » Sollicitée, l’avocate de l’enseignante n’a pas donné suite.

Si cette année a été marquante pour l’adolescent, les expertises psychologiques ne mettent pas en valeur de stress post-traumatique. Aujourd’hui, Jonathan, élève de 4e, affirme se sentir bien dans son établissement scolaire. « Tout le monde est cool et gentil », insiste-t-il, estimant que la nouvelle direction de l’établissement, plus ferme, mais également plus juste, y est pour beaucoup.

* Les prénoms des mineurs ont été modifiés à l’exception de celui d’Evaëlle.

Suicide d’Evaëlle : Deux ans après, un autre élève raconte avoir aussi été harcelé par leur professeure
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