Il aura fallu que Nikos Aliagas diffuse le magnéto de sa première participation à The Voice Kids pour que les coachs se souviennent de Léo. En six ans, le petit garçon a bien changé. « Je suis méconnaissable », a-t-il prévenu dans son portrait. Dos à lui, les cinq juges ne se sont pas retournés sur sa prestation, ce que ne regrette pas le candidat. « Mon but était vraiment de transmettre le message que j’avais à transmettre », explique-t-il à 20 Minutes tout en revenant sur le parcours difficile qui l’a mené jusqu’à la scène de The Voice All Stars.

Dans votre portrait, vous parlez d’un « autre Léo ». Qu’est-ce qui a changé en six ans ?

J’ai traversé des épreuves très sombres, compliquées et nombreuses qui m’ont propulsé plus bas que terre. C’était viscéralement compliqué pour moi à vivre mais elles ont forgé la personne que je suis devenue aujourd’hui, celle qui s’assume. J’ai par exemple subi du harcèlement scolaire sévère, j’ai eu des problématiques familiales où la tolérance et la bienveillance ne sont pas des valeurs prônées. Lorsque je vivais toujours en France, quand je sortais dans la rue, je ne me sentais pas en sécurité, les gens me jugeaient. Ça allait des agressions verbales aux agressions physiques : je me suis fait tabasser à plusieurs reprises, les gens me crachaient dessus dans la rue, c’était un petit peu mon quotidien. J’ai développé des problèmes de santé, de l’anxiété, j’ai eu une attaque cardiaque à la suite des accumulations de tout ce que j’ai pu vivre ces dernières années. À partir de 14/15 ans, j’ai été dans des souffrances très compliquées. Je me suis retrouvé seul à remonter la pente, je n’avais personne pour me soutenir et j’ai commencé à m’affirmer et faire mon coming-out par la suite. J’ai perdu énormément de monde autour de moi mais je suis très positif et je relativise dans le sens où les personnes qui me soutiennent aujourd’hui sont les plus bienveillantes.

Comment vous définissez-vous ?

C’est une question que l’on me pose très régulièrement. C’est marrant parce qu’on vit dans un système qui ne cesse d’identifier, c’est comme si on était obligé de poser une étiquette sur les gens. Je trouve ça profondément dommage. « Tu es gay, tu es bi, tu es queer ? » Je dis simplement que je suis un être humain et que j’ai une aura, une âme, des sentiments et j’apprécie une personne pour ce qu’elle dégage et pour la valeur de son âme. Personnellement, je me définis comme un être humain. Les gens m’appellent « il », « elle », au masculin ou au féminin, comme ils ont envie de m’appeler, ce sont eux qui voient, ça ne me dérange pas du moment où il y a du respect et de la gentillesse.

Qu’avez-vous voulu montrer au public en participant à cette version « all stars » ?

J’ai été victime des codes, des standards que le système et la société nous infligent. Le message que je souhaite transmettre à travers mon art, en tant qu’artiste mais surtout en tant qu’être humain, c’est un message de paix, d’amour, de sérénité et surtout de réunification. Quels que soient votre genre, votre orientation sexuelle, vos religions, vos convictions, nous sommes tous des êtres humains. Mon message, c’est de prôner la sérénité parce que nous en avons besoin, il faut cesser de discriminer autrui pour valoriser certaines de ses mœurs. Après mon passage, lorsque j’ai appelé mon papa avec qui les liens ne sont pas extraordinaires, il m’a dit qu’ils ne s’étaient pas retournés à cause de la personne que je suis, mon style vestimentaire, ma féminité et ce que je prône. C’est tellement dommage de penser comme ça. Vous pouvez être une personnalité discriminée par le système et les gens mais vous pouvez aussi être sur un beau plateau, à la télé et réussir dans vos projets. Mon but, c’est d’aider les personnes qui se sentent au plus bas.

Ne craignez-vous pas qu’on ne retienne votre passage que pour votre personnalité et pas pour la qualité de votre prestation ?

Pas du tout ! Je ne suis pas là pour montrer la qualité de ma performance. Je suis vraiment là pour transmettre un message. Lorsque j’ai été contacté par Bruno Berberes [le directeur de casting] qui m’a proposé de faire l’émission, j’ai été profondément touché et ému. On ne s’en rend pas compte mais il y a tellement de personnes qui traversent des phases de la vie sombres, ténébreuses et difficiles, qui sont déprimées, désespérées et notamment comme moi, qui sont féminines et qui sont discriminées. Je ne sais même pas comment j’ai chanté. Mon but, c’est que mon message soit entendu.

Les coachs ne se sont pas retournés. Est-ce un regret ?

Je ne suis pas du tout déçu parce que mon but était vraiment de transmettre le message que j’avais à transmettre et surtout revivre cette expérience qui est magnifique. Aujourd’hui, je voulais aussi montrer la personne que je suis devenue avec cette force, ce courage et à la fois ma fragilité et cette hypersensibilité que j’ai toujours du jeune garçon qui était venu performer à l’âge de 13 ans. Je suis forgé et toujours sensible à la fois. Je ne suis pas du tout déçu. La seule chose que j’aurais aimée, c’est aller à l’étape d’après pour montrer davantage ma personnalité. Ce n’est pas un personnage. Dans la vie de tous les jours, je suis même encore plus féminin.

Aujourd’hui, vous vivez à Londres. Qu’y faites-vous ?

Je suis venu à Londres pour être libre, être qui je souhaite être. Je vis ma meilleure vie ici parce que les mentalités sont plus ouvertes. Il y a plus de clémence et de bienveillance. J’ai davantage d’opportunités artistiques [il vient de sortir un single] car les codes du système sont moins étriqués et restreints.

« The Voice All Stars » : « Je me suis retrouvé seul à remonter la pente », explique Léo
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