Des cycles chaotiques. Des règles qui reviennent bien trop vite ou beaucoup plus tard que prévu. Ou qui sont plus douloureuses, plus longues ou abondantes. Depuis l’ouverture de la vaccination anti-Covid au grand public il y a quelques mois, les témoignages de femmes ayant déclaré des troubles du cycle menstruel après avoir reçu le vaccin se sont multipliés.

Si les premiers retours de la communauté scientifique se veulent rassurants, pour nombre de femmes ayant expérimenté ces troubles ou redoutant d’y être confrontées, l’ouverture de la campagne pour la dose de rappel – sans laquelle le pass sanitaire ne sera plus valide après le 15 janvier – est source de questionnements et d’angoisse. Combien de temps ces troubles menstruels durent-ils ? Peuvent-ils affecter la fertilité ? Faut-il recevoir ou non sa dose de rappel ? 20 Minutes donne la parole à ses lectrices et fait le point sur la littérature scientifique.

« Retard de 50 jours », « des règles une semaine sur deux »

D’aussi loin qu’elle se souvienne, Claire a toujours eu « des règles très régulières : le même jour, à l’heure près. Mais après avoir reçu la deuxième dose, j’ai eu deux semaines de retard. Cela fait cinq mois qu’elles arrivent au hasard, c’est très embêtant ». Idem pour Gwladys, « alors que je n’avais jamais eu de soucis en dix ans. Là, mes règles arrivent une semaine sur deux ou toutes les deux semaines ».

Carole, elle, a eu des perturbations différentes après chacune de ses deux doses. « Après la première, j’ai eu un retard de 50 jours ! Et à la deuxième, j’ai été réglée deux fois le même mois. Depuis, mes règles sont irrégulières et douloureuses ». Quant à Valentine, « la première injection a déclenché des règles sans fin, tous les jours pendant trois mois, et beaucoup plus douloureuses », assure la jeune femme, qui a « peur que cela se reproduise lors de la troisième dose ».

Dans un premier temps, Sasha ne s’est pas inquiétée. « J’ai toujours eu des cycles plus ou moins irréguliers, confie la jeune femme, qui souffre d’endométriose. Mais après la première dose comme la deuxième, mon cycle a été beaucoup plus douloureux, long et abondant, et avec un syndrome prémenstruel de quinze jours ! Il a fallu cinq cycles pour que les choses se stabilisent ».

La piste d’un mécanisme inflammatoire

Un phénomène examiné dès cet été par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), qui a considéré que ces cas étaient des « signaux potentiels » liés aux vaccins. Elle a toutefois rappelé qu’à ce jour,
aucun lien de causalité n’a clairement été établi. « Ces témoignages ont un intérêt certain, mais il est très difficile de déterminer pour chaque femme la cause de ces perturbations, souligne le Dr Odile Bagot, gynécologue, auteure du blog 
Mam Gynéco et de Vagin & Cie, on vous dit tout ! (éd. Mango). D’autant que les cycles spontanés (hors pilule) peuvent être influencés par beaucoup de facteurs environnementaux tels que
le vaccin anti-Covid, mais aussi le stress – que peut causer le vaccin, ou encore la fatigue », expose-t-elle.

Selon les premières hypothèses, « le vaccin induit une réaction immunitaire et inflammatoire qui pourrait perturber le cycle menstruel, explique le Pr Olivier Picone, gynécologue obstétricien à l’hôpital Louis-Mourier de Colombes, et membre du Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF). Or, l’arrivée des règles est un mécanisme inflammatoire pour évacuer l’endomètre, donc la possibilité que le vaccin influe sur le cycle est probable. On l’avait déjà observé avec le vaccin HPV contre le papillomavirus ».

Selon des chercheurs américains, « la réponse immunitaire après la vaccination pourrait amener des cellules immunitaires dans l’endomètre (au niveau de l’utérus) », de nature à entraîner ces irrégularités. Et « les troubles décrits ne durent généralement qu’un cycle », rassure le Dr Bagot.

« J’hésite à recevoir la troisième dose »

Pour les premières concernées, ces troubles font vaciller les convictions sur la vaccination. A l’instar de Laurie, dont les règles sont « extrêmement douloureuses depuis la deuxième dose. Donc je ne compte pas recevoir la troisième ».

Pour Sasha, indépendante en télétravail et « semi-confinée depuis deux ans », ses « cycles de l’enfer signifient une perte de productivité, donc de chiffre d’affaires. Je suis une farouche partisane des vaccins, mais aujourd’hui, je ne sais pas si le jeu en vaut la chandelle ». Gwladys « hésite aussi, quitte à perdre le pass sanitaire ». Malgré l’hésitation, Carole se dit qu’elle n’aura « pas le choix : je veux le garder, mon pass sanitaire ».

Amandine, elle, n’a « pas hésité une seule seconde malgré les troubles. Tout a fini par rentrer dans l’ordre avec le temps, il suffit d’être patiente. J’ai mes trois doses, je suis un peu plus protégée et mes proches également ».

« Pas d’effets sur la fertilité »

Pour celles qui ont des envies de maternité, sauter le pas est aussi compliqué. « Je suis en projet bébé depuis huit mois », confie Chloé, qui a eu un retard de règles après sa deuxième dose. « Alors je songe à retarder la troisième au maximum ». Ces doutes, Esther les partage. La jeune femme, qui tente de concevoir un enfant, a depuis son vaccin « des règles irrégulières, ce qui rend l’ovulation difficile à cibler. Le vaccin, je préfère encore attendre d’être enceinte pour le refaire ».

Mais « mieux vaut ne pas attendre, conseille le Pr Picone. L’ensemble de la littérature scientifique atteste que la vaccination n’a pas d’effets délétères sur la fertilité. Nous avons des dizaines de patientes qui ont démarré une grossesse après avoir été vaccinées, rassure-t-il. En revanche, on a vu trop de patientes enceintes en réanimation, d’où l’importance de recevoir sa dose de rappel pour se protéger soi et son enfant à naître, surtout dans ce contexte de forte reprise épidémique ».

Ce qu’il y a, c’est que « tout ça ajoute de l’angoisse au parcours de PMA, déplore Laureen. On a besoin de réponses, et on a l’impression que puisque cette problématique ne touche pas les hommes, rien n’est étudié ! » Alors, « même si je compte me faire revacciner, j’aimerais que la recherche s’y intéresse pour être sereine », renchérit Delphine.

« Il faut écouter », et « s’il y a un lien, savoir comment cela se produit »

Face à la multiplication des témoignages, des travaux sont en cours. « Il faut les écouter et faire la lumière », insiste le Pr Picone. Aux Etats-Unis, les autorités sanitaires ont sélectionné cinq centres de recherche, parmi lesquels la prestigieuse Université Johns Hopkins, pour mener une étude observationnelle. « S’il y a un lien entre les vaccins et les changements menstruels, nous devons savoir comment cela se produit, a expliqué le Pr Mostafa Borahay, professeur agrégé de gynécologie et d’obstétrique à l’Ecole de Médecine de l’Université Johns Hopkins. Nous prévoyons donc d’examiner au niveau biologique la réponse de l’endomètre à la vaccination anti-Covid ».

« Cette recherche nous aidera à mieux comprendre s’il existe un lien réel (avec) les vaccins ou s’il s’agit d’autre chose, comme des changements de mode de vie ou le stress lié à la pandémie » a ajouté le chercheur. En tout état de cause, souligne le Pr Picone, « ce dont il faut avoir peur, c’est du virus, pas du vaccin ».

Vaccination : « J’hésite », « je la ferai »… Comment les femmes envisagent la 3e dose face aux risques de troubles menstruels
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